PS : De l’Élysée aux poubelles de l’Histoire ?

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

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Histoire
idées

Le 10 mai 1981, François Mitterrand est élu président de la République. Les classes populaires, écrasées par 23 années de droite, rêvent de changements...

Mais après une année de réformes, le PS au pouvoir applique, comme à chacun de ses passages au gouvernement, les diktats du libéralisme, s’intègre parfaitement dans les institutions antidémocratiques, abandonne son électorat et favorise la poussée du FN. Et après Jospin, le quinquennat Hollande précipite la ­décomposition du PS.

La « parenthèse libérale » (Jospin) jamais refermée

Dès 1983, c’est recul et trahison : blocage des salaires, fin de leur indexation sur les prix, montée du chômage, creusement des inégalités, glorification de l’entreprise et du profit. Les récentes entreprises nationalisées créeront des bénéfices... avant d’être revendues. Les élections législatives perdues en 1986 puis en 1993 conduisent à la cohabitation avec la droite. C’est l’ère des grandes privatisations : Suez, Saint-Gobain, Havas, Paribas... Et celle des nouveaux reculs sociaux : 40 années de cotisations au lieu de 37,5 sont devenues nécessaires pour partir à la retraite dans le privé. Un nouvel impôt injuste est créé, la CSG, censée combler le « trou de la sécu ».

Élu président en 1995, Chirac perd les législatives de 1997, et Jospin devient Premier ministre. Les salariés obtiennent quelques acquis dont les 35 heures, mais la période est surtout marquée, avec la complicité des ministres communistes, par de nouvelles privatisations : France Télécom, les assurances, les sociétés d’autoroute, La Poste, les ports, la SNCF...

Régression sociale
et État autoritaire

Après 10 années de collaboration avec la droite plutôt que d’opposition à celle-ci, le PS reprend le pouvoir en 2012. Hollande multiplie les attaques contre notre classe, culminant avec la loi travail, et accentue la dérive autoritaire de l’État, avec quatre lois sécuritaires et un état d’urgence bien utile pour enfermer les populations « dangereuses » et mater les résistances.

Le PS au pouvoir se comporte toujours comme le gérant loyal du système capitaliste, « menant des politiques conservatrices que même les conservateurs eux-mêmes s’étaient refusé » (Serge Halimi).

Une intégration réussie dans les institutions européennes et françaises

Mitterrand se disait « partagé entre la construction européenne et la justice sociale ». Une hésitation brève, car dès 1983 le franc retourne dans le giron du SME. Par la suite, tous les traités européens sont ratifiés. À l’Assemblée, ses députés transposent avec zèle les directives européennes de libéralisation des services publics, privatisant plus que la droite ! En 2005, le PS fait campagne pour le Oui au Traité constitutionnel européen, se coupant un peu plus de la majorité des électeurs.

Aucun gouvernement socialiste n’a eu l’intention de changer la Constitution de 1958. Rien dans les programmes de Mitterrand et de Hollande ne vise à remettre en cause la nature du régime de la 5e République, le bonapartisme présidentiel, un « coup d’État permanent » dénoncé par Mitterrand... avant de devenir président ! Les monarques socialistes non seulement n’ont pas supprimé les articles les plus réactionnaires de la Constitution, comme le 49.3, mais ils s’en sont servi et ont même renforcé le pouvoir de l’exécutif.

L’abandon des classes populaires et la montée du FN

Mitterrand s’est maintenu au pouvoir pendant deux septennats en reniant le programme qui l’y avait conduit. Le creusement des inégalités, l’augmentation du nombre de chômeurs, le développement de la précarité et la gestion néocoloniale des quartiers populaires, vont gonfler les mécontentements. Le PS, parti institutionnel au service du système, se coupe de plus en plus des aspirations à l’égalité, à la justice sociale, à la démocratie réelle. Parti de gauche faisant une politique de droite, loin des réalités du plus grand nombre, il représente au même titre que la droite la caste honnie.

Tout cela va  nourrir le vote FN : de 1,4 % en 1981, il est déjà à 14,8 % en 1988. il accède au second tour de la présidentielle en 2002 à près de 18 %, et arrive aujourd’hui à près de 34 %...

L’ordolibéralisme et l’éclatement du PS

Durcissement des lois anti­sociales jusqu’à la loi travail, refus d’entendre les centaines de milliers de manifestantEs contre cette loi ou les aspirations des Nuit debout, ce dernier quinquennat a brisé radicalement le lien entre le peuple de gauche et le Parti socialiste.

Hollande et Valls ont mis encore davantage l’État au service des marchés. En supprimant des acquis et les moyens de défense des salariés. En développant leur division par un racisme d’État, le projet scandaleux sur la déchéance de nationalité en a été le summum. En sur-militarisant la police contre les jeunes issus de l’immigration, les pauvres, les étrangerEs et ceux et celles qui résistent. En tentant de casser nos solidarités... C’est toute la société qu’ils détruisent, pour le plus grand profit du système.

Les conséquences en sont l’éclatement, l’agonie peut-être finale du PS, et l’arrivée au pouvoir d’un Macron, héritier de cette gauche de droite au service du capital.

Roseline Vachetta