Le PSU, de la guerre d’Algérie à mai 68

Dix ans avant mai 1968 le mouvement ouvrier connut une défaite avec l’arrivée au pouvoir de De Gaulle à la faveur d’un coup d’État militaire. Ce fut, au milieu de la guerre d’Algérie, l’avènement de l’État fort et des institutions de la 5e République. La grève prolongée en mars 1963 de plusieurs dizaines de milliers des mineurs sonna comme un réveil de la classe ouvrière. Les années 1963 à 1968, loin d’être ennuyeuses, furent celles d’une nouvelle accumulation de forces et de l’émergence de nouvelles ­radicalisations. 

Le Parti socialiste de l’époque (appelé SFIO : section française de l’internationale ouvrière) était discrédité par son attitude pendant la guerre d’Algérie et ses compromissions avec les forces les plus réactionnaires. La gauche réformiste non communiste morcelée laissait le champ libre à François Mitterrand, candidat de tous les partis de gauche, y compris le PC, à la présidentielle de 1965. Le Parti communiste était de loin la force la plus importante par son implantation dans les entreprises, par le nombre de ses militants, et aussi au plan électoral. Néanmoins, des fissures, apparues dès la guerre d’Algérie, se manifestaient notamment dans son organisation étudiante (l’Union des étudiants communistes) dont allaient se détacher en 1965 et 1966 des courants qui contestaient le réformisme et les méthodes de la direction, marxistes-révolutionnaires (qui créèrent la JCR) ou prochinois.

Le PSU (Parti socialiste unifié) est né en 1960 du regroupement d’une scission de la SFIO, opposée à la guerre coloniale, et de plusieurs courants, dont certains d’origine chrétienne et d’autres issus du marxisme révolutionnaire. Le PSU était un parti hétérogène qui regroupait un spectre politique allant de partisans d’une gauche réformiste « moderne » jusqu’aux militantEs portant une critique de gauche du stalinisme et de la social-démocratie. Il a eu un pied dans les dispositifs politiques institutionnels et un autre dans ceux des mouvements qualifiés à l’époque d’extraparlementaires. Ainsi le PSU a apporté son soutien aux jeunes de l’usine de la Saviem, une filiale de Renault fabriquant des camions dans la région de Caen, qui ont durement affronté les CRS en janvier 1968. Même soutien aux grévistes de la Rhodiaceta. Bernard Lambert, à l’origine de la création des Paysans travailleurs, l’ancêtre de la Confédération paysanne, a rejoint le PSU en 1966.

Le secteur international du PSU développait une politique anti-­impérialiste, avec notamment une ­participation aux mobilisations contre la guerre du Vietnam. Alors que la direction de l’UNEF était de fait un cartel de courants politiques, les étudiants du PSU y sont devenus majoritaires en janvier 1967. Devant l’irruption du mouvement en mai 1968, l’UNEF a agi en coopération avec les nouvelles formes d’organisation et assuré une jonction avec le mouvement syndical organisé. 

Avec la participation de ses militantEs syndicaux à la grève générale, une présence active dans les comités d’action répandus sur tout le territoire, et une attention portée tout au long des années 1960 aux thèmes du contrôle ouvrier et de l’autogestion, le PSU, malgré la diversité des projets qui le parcouraient, s’est trouvé globalement en phase avec les dynamiques avancées du mouvement. Avec 15 500 adhérentEs fin 1968, le PSU fut rejoint par des militantEs voulant prolonger ce moment qu’il qualifiait lui-même de révolutionnaire. Comment les changements de situation ultérieurs l’ont transformé est une autre histoire.  

Jean-Claude Vessilier

 

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