De l’Opposition de gauche à la fondation de la Quatrième Internationale

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

La fondation de IVe Internationale n’est pas que l’avènement d’une nouvelle structure : c’est aussi l’issue d’un processus de lutte politique de plus de quinze année, menée par Trotsky et l’Opposition de gauche, dans les partis communistes et la IIIe Internationale (IC) (en fussent-ils exclus), pour la réforme de l’Internationale fondée à la suite de la révolution d’Octobre. Cette lutte politique a embrassé l’ensemble de la politique menée par Staline et ses sbires, de l’indépendance du parti à la politique agraire de l’Union soviétique.

En 1933, alors qu’Hitler accédait au pouvoir et que Trotsky cherchait à rassembler tous les révolutionnaire anti-staliniens, paraissait une ébauche de programme pour l’Opposition de gauche, « Onze points » qui allaient devenir l’ossature du Programme de transition publié cinq ans plus tard. Onze points qui résument les préoccupations centrales de Trotsky face aux staliniens. Un des points les plus importants est sûrement celui sur « l’indépendance du parti prolétarien, toujours et dans toutes les conditions ». En Chine, Staline avait obligé les communistes chinois à se dissoudre dans le Guomindang, le parti nationaliste dirigé par Tchang Kaï-Chek, en travestissant la politique de Front unique énoncée au IVcongrès de l’Internationale communiste. De cette alliance, la seule chose qui est ressortie, c’est le désarmement des communistes face à la répression nationaliste lors de l’insurrection de Shanghai en avril 1927 : malgré le lancement d’une grève générale et la prise du pouvoir du principal poumon économique de la Chine, les communistes se font massacrer par les troupes de Tchang Kaï-Chek, qu’ils avaient fait entrer dans la ville.

Contre le « socialisme dans un seul pays »

Un des autres points centraux de la lutte contre le stalinisme était la lutte pour « la reconnaissance du caractère international et par là permanent de la révolution prolétarienne, le rejet de la théorie du socialisme dans un seul pays ». En effet, alors que, dès la prise du Palais d’hiver, l’ensemble du parti bolchevik avait conscience de la nécessité de l’extension de la révolution à l’Europe et au monde entier, le stalinisme a, dans son entreprise de liquidation de la révolution, révisé tous les principes marxistes en énonçant l’idée qu’il était possible d’instaurer le « socialisme dans un seul pays ». Évidemment, ce mythe était accompagné de l’idée que la Russie était déjà entrée dans le socialisme, mythe développé par une politique économique que Trotsky qualifiait « d’opportuniste » de 1923 à 1928, lorsque Staline soutint les paysans riches (koulaks) contre le développement de l’industrie, puis « d’aventuriste » entre 1928 et 1932, quand l’URSS se retourne contre les koulaks pour marcher vers l’industrialisation forcée.

Si ces batailles politiques ont d’abord été menées dans le PC de l’Union soviétique (PCUS) et dans l’IC, Trotsky en fut rapidement exclu : dès 1927, le « Vieux » est exclu du PCUS avec l’Opposition de gauche. Mais cela n’a pas empêché les oppositionnels de continuer à se considérer comme une fraction du PCUS et de l’IC, avec comme but de réformer le parti et l’Internationale, pour mettre à nouveau cette dernière au service de la révolution. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont ni les purges ni les assassinats qui ont poussé l’Opposition de gauche sur la voie d’une nouvelle internationale pour la révolution. Toute fondation d’une nouvelle internationale supposait que la précédente ait été dépassée par une épreuve historique telle que sa faillite en devienne indiscutable. Et qui dit faillite totale du pouvoir, dit nécessité de son renversement insurrectionnel.

Faillite de la IIIe Internationale

La faillite de la IIIe Internationale interviendra en 1933, avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir : alors que le fascisme prend l’ascendant en Allemagne, le KDP (Parti communiste allemand) va tout simplement capituler sans bataille. C’est une défaite sans combat, et les communistes, sociaux-démocrates et syndicalistes allemands sont menés à l’abattoir sous les yeux coupables de Staline dont la politique dite « troisième période » qui traitait les partis sociaux-démocrates de « sociaux-fascistes », a empêché tout développement d’un front unique contre le fascisme.

Dès lors, il faut un nouveau parti de l’insurrection, y compris en URSS. Dans les pays capitalistes, cela suppose la nécessité de fonder de nouveaux partis dont la tâche sera de lutter contre le stalinisme, nouvelle forme de réformisme contre-révolutionnaire. En URSS cependant, dans le seul État ouvrier des années 1930, si la tâche est là aussi la révolution, elle est différente par son contenu, essentiellement politique, étant donné que la révolution d’Octobre avait déjà mis à bas la propriété privée des moyens de production.

Arthur Nicola

 

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