1968 : À Karameh, le baptême du feu de la résistance palestinienne

1968, une année richissime en événements politiques : la révolte étudiante et la grève générale en France, l’offensive du Têt au Vietnam, le soulèvement de Prague et sa répression par l’armée soviétique… et la première victoire militaire des forces armées palestiniennes contre l’armée israélienne à Karameh, en Jordanie, à la fin du mois de mars. Cette année-là, l’histoire semble avancer à pas de géants et la révolution mondiale à l’ordre du jour : l’histoire nous mordait la nuque… et je décide de m’engager dans ce qui se dessine comme l’expression de ce mouvement global en Israël, l’Organisation socialiste israélienne, plus connue sous le nom de son journal Matspen (« la Boussole »). 

Les militantEs de Matspen, je les avais justement repérés, quelques jours après la bataille de Karameh, à la cafétéria de l’Université hébraïque où j’avais commencé des études de philosophie ; alors que la plupart des étudiantEs étaient préoccupés par les rumeurs/nouvelles sur cette opération qui, malgré la censure, laissaient entendre que ça s’était plutôt mal passé, à la table de Matspen on riait fort sur la raclée que la « grande armée de la Guerre des Six-jours » a reçu dans ce qui ne devait être qu’une opération de nettoyage de l’autre côté de la frontière. Ils se moquaient en particulier de Hilik, un bureaucrate étudiant travailliste, mobilisé pour cette opération, et qui, racontait-on, s’était caché pendant des heures sous un véhicule blindé, paniqué par une résistance palestinienne à laquelle il n’avait pas été préparé.

En fait personne, en Israël, n’était préparé à ce que, à partir de Karameh, on dénommera la lutte armée, et qui allait radicalement changer la donne dans ce qu’on n’appelait pas encore la « question palestinienne ». 

Le 20 mars 1968 (soit deux jours avant l’occupation de l’université de Nanterre), une importante force militaire israélienne traverse le Jourdain, pour une banale opération de « nettoyage ». Depuis quelque temps en effet des commandos du Fatah mènent des opérations militaires dans les territoires récemment conquis, puis se retirent dans des bases installées sur le territoire jordanien. 

Enivrée par la victoire éclair du mois de juin précédent, l’armée ­israélienne n’a pas fait ses devoirs, et s’en va à Karameh comme à un pique-nique. C’est le fiasco. Confrontées à une résistance acharnée, les forces israéliennes sont surprises : la bataille dure 15 heures et la grande armée israélienne perd 4 blindés, un avion et 33 hommes, auxquels s’ajoute une centaine de blessés,. Les Palestiniens, eux, perdent entre 120 et 150 combattants, mais le Fatah gagne une aura qui en fera le symbole d’une possible revanche à la défaite humiliante des armées arabes en juin 1967.  

L’insolence des militantEs de Matspen et leur manque de respect envers une armée que le peuple entier avait placée au rang de dieu me plaisaient. Quelques mois plus tard c’était mai 1968 en Europe, et Matspen en devenait rapidement le répondant local. Deux raisons qui expliquent pourquoi j’ai vite fait le choix de rejoindre les rangs de cette organisation et d’y militer jusqu’à sa dissolution au tournant du siècle.

Michel Warschawski

 

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