Guadeloupe, Martinique : des histoires différentes

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

La Convention  nationale vota l’abolition de l’esclavage le 4 février 1794. En Guadeloupe, la mesure sera effective jusqu’en 1802, mais pas en Martinique.

En Guadeloupe, l’abolition de l’esclavage fut réalisée grâce aux combats des troupes composées majoritairement de Noirs, conduites par un commissaire de la République envoyé par Paris, Victor Hugues. Les Anglais qui avaient envahi l’île furent défaits. En Martinique, le gouvernement se « donna » aux Anglais qui restèrent maîtres de l’île avec les planteurs. Le régime de la monarchie y fut maintenu et l’esclavage n’y fut aboli qu’en 1848. Les Anglais et les békés (colons blancs) chassés de Guadeloupe y firent régner une répression féroce de peur d’une révolte d’esclaves. 

La lutte contre les Anglais et l’abolition de l’esclavage

En avril 1794, les forces armées britanniques débarquèrent en Guadeloupe, espérant que la France révolutionnaire, affaiblie, ne saurait se défendre. Le gouverneur de l’île capitula aussitôt, et les émigrés revenus avec les Britanniques lancèrent immédiatement des représailles contre les partisans de la révolution. Envoyé par la Convention, le commissaire de la République Victor Hugues  débarqua en juin et organisa le soulèvement populaire contre les troupes britanniques, à l’aide du décret du 4 février 1794 d’abolition de l’esclavage. Il enrôla, en plus des soldats blancs, plus de trois mille hommes « de couleur » que l’on appela les « sans-culotte noirs », conscients que le combat contre les Anglais était un combat pour leur liberté.

Finalement, les Anglais quittèrent l’île en décembre 1794. Victor Hugues y installa un tribunal révolutionnaire ainsi qu’une guillotine et de nombreux planteurs rejoignirent la Martinique. Victor Hugues n’arriva cependant pas à reconquérir la Martinique qui resta anglaise jusqu’en 1802.

Cependant, Hugues imposa des mesures forçant les ex-esclaves à continuer de travailler sur leurs anciennes plantations, limitant très vite leur liberté. Il affirma que les ex-esclaves étaient responsables devant la métropole de la prospérité économique de l’île et devaient pour ce faire continuer à travailler sur les domaines. Cela explique sans doute le peu d’enthousiasme des esclaves à affronter l’armée française venue réintroduire l’esclavage en 1802, contrairement à la véritable insurrection déclenchée au même moment à Haïti. 

Rétablissement de l’esclavage

Bonaparte profita d’une meilleure situation sur le front extérieur pour rétablir l’ordre dans les colonies, c’est-à-dire l’esclavage. Le ministre des colonies annonçait la couleur en 1801 : « il s’agit de porter la hache sur la loi du 16 pluviôse » (du 4 février 1794 abolissant l’esclavage). Le nouveau gouverneur, Lacrosse, un ancien jacobin venu annoncer en 1793 la proclamation de la République en Guadeloupe, tenta de renvoyer de l’armée les officiers noirs qui y avaient été intégrés après l’abolition. Le propre aide de camp du gouverneur, Louis Delgrès, un métis, devint un des chefs de la rébellion, avec Joseph Ignace. La mulâtresse Solitude est connue pour s’être battue comme une lionne contre les soldats. Bonaparte envoya 4000 militaires en Guadeloupe sous les ordres de Richepance pour mater la rébellion. Après une défense héroïque, de nombreux révoltés préférèrent se suicider plutôt que de se rendre, adoptant la devise jacobine « Vivre libre ou mourir ». L’esclavage fut rétabli le 17 juillet 1802 dans toutes les colonies. 

Une période de féroce répression s’enclencha alors, avec pendaisons et déportations de Noirs durant les mois de juin et juillet 1802. Du côté des troupes françaises, près de 3000 soldats sur les 4000 de l’expédition y laissèrent leur vie, ce qui prouve l’ampleur de la résistance. 

Notons enfin que cet épisode peu glorieux de l’histoire de France n’est apparu dans les livres d’histoire qu’à partir de 1989 !

Régine Vinon

 

Quelques ouvrages à lire

Haïti

Les Jacobins noirs de C.L.R James

Histoire des Caraïbes d’Anna Seghers.

Toussaint Louverture et La Tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire.

Le Soulèvement des âmes, Le Maître des carrefours et La Pierre du bâtisseur : une trilogie de Madison Smartt Bell.

Guadeloupe

L’Archet du colonel de Raphael Confiant. 

Mai 1802, la guerre de la Guadeloupe, de René Bélénus.

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