Eugène Varlin, militant ouvrier, internationaliste, combattant de la Commune.

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Eugène Varlin est né le 5 octobre 1839 en Seine-et-Marne, fils d’un journalier agricole. Il va à l’école jusqu’à 13 ans. Il entre en apprentissage chez un oncle relieur. Puis il travaille chez différents patrons où il acquiert une grande qualification. Le soir, après le travail, il lit. À Paris il se cultive, suit les cours du soir.

Militant ouvrier : la grève des relieurs

En 1864, il connaît sa première grève des relieurs et crée la Société civile d’épargne et de crédit mutuel des ouvriers relieurs de Paris avec à ses côtés la relieuse Nathalie Lemel.

Militant de la 1ère Internationale

Le 28 septembre 1864, à Londresest fondée l’Association internationale des travailleurs. Il amène à lui seul à la section parisienne les 3/4 de ses membres. « Dès qu’il avait gagné son pain, il courait d’un bout à l’autre de la grande ville saisir à la sortie des ateliers, à la gargote, à la crèmerie, tel ou tel camarade ou groupe. Il les animait, les entraînait, les attachait à l’Internationale ». E. Faillet

Sans croire que les coopératives suffiront pour transformer la société, il pense qu’elles peuvent les aider à se défendre, à s’organiser et à gérer la production dans leurs intérêts. Il fonde « La ménagère », coopérative de consommateurs et « La marmite », restaurant coopératif ouvrier.

Il est dans toutes les grèves, celle des ouvriers bronziers de 1865, des ouvriers du bâtiment en 1868. Il organise dans l’Internationale la solidarité ouvrière, le soutien financier aux grévistes. Il s’éloigne du courant proudhonien de l’AIT (« les mutuellistes »), défavorables à la grève, à l’instruction assurée par l’État. D’après les proudhoniens l’éducation reve­nait à la mère au foyer. Il s’oppose à eux en défendant le droit des femmes à travailler, en les associant aux luttes ouvrières.

L’Internationale devient dangereuse pour le gouvernement qui dissout le bureau de Paris. Varlin est condamné à trois mois de prison. À peine sorti de prison, il contribue à la fondation de nouvelles sociétés ouvrières en province, les fédère sur le plan local et par­vient à créer, à Paris, l’Union de toutes les organisations syndicales. Il jette ainsi les bases du syndicalisme, de la création de la CGT et on peut dire que Fernand Pelloutier continuera le travail commencé par Varlin.

Menacé à nouveau de prison, il part en Belgique sous un faux nom le 21 avril 1870.

Combattant de la Commune

Varlin rentre à Paris le 6 septembre. Il reprend sa place au sein de l’AIT qui appelle à la création de comités de vigilance et participe à la création d’un des premiers comités d’arrondissement. Comme de nombreux ouvriers, il s’engage dans la Garde nationale sans faire confiance au gouvernement provisoire. Une des pre­mières initiatives des comités de vigilance est, en écho avec la proposition des internationaux, d’armer l’ensemble de la population. Il est nommé délégué au Comité central des vingt arron­dissements, commandant du 193e bataillon de la Garde nationale et devient membre du comité central de la Garde nationale. En plein siège de Paris, alors que la famine règne dans la capitale, Varlin s’occupe de l’alimentation des nécessiteux. Il participe, le 21 janvier à une réunion d’où partent les groupes armés qui vont délivrer Flourens et les blanquistes emprisonnés.

Varlin insiste pour que les internationaux soient présents dans le comité central de la Garde nationale, cœur du Paris révolutionnaire.

Il participe à la journée révolutionnaire du 18mars1871, à la tête de bataillons de la Garde nationale qui fraternisent avec les soldats et contribuent à leur faire mettre crosse en l’air.

Il est désigné pour assurer la responsabilité des finances avec son ami Jourde. Ils obtiennent du banquier Rothschild de quoi payer et nourrir tous les gardes nationaux.

Les élections à la Commune ont lieu le 26 mars. Varlin est si populaire qu’il est élu dans trois arrondissements. Il siège au Conseil de la Commune et assure la liaison avec les sociétés ouvrières. Dès que les finances sont à peu près réorganisées, Varlin est affecté à la commission des subsistances (21 avril) puis à l’intendance (5 mai). Le 2mai, il est nommé directeur général de la manutention et des appro­vi­sion­nements militaires.

La Semaine sanglante : jusqu’au dernier jour, Varlin est au combat sur les barricades. Lucide, il sait que tout est perdu et que beaucoup dont lui-même vont mourir. Deux jours avant d’être fusillé, il dit à Jules Vallès qui le relatera ensuite : « Oui nous serons dépecés vivants. Morts nous serons traînés dans la boue. On a tué les com­bat­tants. On tuera les prisonniers, on achèvera les blessés. Ceux qu’on épargnera, s’il en reste, iront mourir au bagne. Mais l’histoire finira par voir clair et dira que nous avons sauvé la République. »

Le dimanche 28 mai, il est reconnu par un prêtre qui le dénonce aux soldats qui l’arrêtent. Il est emmené à la butte Montmartre. Là il est exhibé. La foule l’insulte. Il est traîné rue des Rosiers où il est fusillé.

Dominique Pierre

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