« On est vivants » de Carmen Castillo

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Sortie le mercredi 29 avril. C’était il y a cinq ans, quelques jours après la mort de notre camarade Daniel Bensaïd, dans une Mutualité pleine à craquer. Devant un public hétéroclite venu célébrer la mémoire de Daniel, les interventions se succèdent. Parmi elles, celle de Carmen Castillo, écrivaine et cinéaste (voir interview dans l’Anticapitaliste n°286).

Carmen est célèbre pour son implication dans les événements tragiques au Chili, en 1974, et pour ses documentaires : La Flaca Alexandra (1994) ou encore Rue Santa Fe (2007), consacrés au drame et à l’espoir tenace que sécrète la plaie encore ouverte de cette expérience révolutionnaire. Il se peut que l’idée de réaliser un documentaire sur Daniel ait germé dans l’esprit de Carmen à cet instant, pendant son intervention.

Quoi qu’il en soit, le film est désormais disponible pour nos yeux, pour nos oreilles et, surtout, pour nos méninges. On est vivants est un beau plaidoyer, vivant et communicatif, en faveur de l’engagement, un dialogue personnel que Carmen Castillo tisse adroitement à la pensée de Daniel. Plus qu’une biographie, le film est un appel à agir. Agir pour cette planète meurtrie sous l’emprise du capital, mais qui résiste par tous les moyens possibles à sa domination – fussent-ils ténus. Cette vision aurait sûrement plu à Daniel qui préférait l’engagement militant discret et durable aux hommages en tout genre. 

Résister à l’air du temps, encore et toujours...

À l’entendre à nouveau, on voit bien que les propos de Daniel demeurent d’une urgente actualité, lui qui nous invitait inlassablement à résister à l’air du temps. Carmen emmène aussi son public dans les quartiers populaires de Marseille, sur les chantiers de Saint-Nazaire, dans les locaux des familles sans logis de Paris… Elle nous fait (re)découvrir le combat des paysans sans terre au Brésil, des révolutionnaires du Chiapas mexicains ou des insurgés de l’eau en Bolivie.

Là, un syndicaliste plein de bon sens lance cette maxime universelle, dilemme de l’émancipation humaine aux quatre coins du monde : « Notre pire adversaire n’est pas le gouvernement ou l’impérialisme, c’est nous-mêmes. » En effet, nous ne croyons pas, ou pas assez, en nous-mêmes. De la confiance, le film en déborde généreusement. Par les temps qui courent, il est d’utilité publique.

Surtout, le temps de ce dialogue, nous retrouvons un camarade et ami, dont l’amitié, la compagnie et la pensée nous manquent cruellement. Daniel réapparaît par petites touches, successives, presque subliminales, tout le long des étapes de sa vie militante, et de sa vie tout court, avec Sophie, sa compagne. Des textes, des images, des interviews, des grands moments de bonheur comme sur le plateau de Bernard Pivot, lorsque Daniel revendique toute l’actualité de la révolution face à des invités à l’expression scandalisée…

Quelques moments qu’il est bon de (re)voir, d’entendre et qui sonnent comme une invitation à lutter, encore et toujours.

Olivier Besancenot et Alain Krivine

 

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