Essai : La Commune n’est pas morte

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Avec sa couverture de Tardi et son titre qui résonne comme un mot d’ordre contre les reniements, cet ouvrage bénéficie d’un sérieux atout. Mais est-ce aussi emballant que la Commune elle-même, ses débats, ses clubs et ses barricades ? 
Le travail d’Éric Fournier se révèle en tout point passionnant et une source de réflexions stimulantes. On entre dans le bouquin à pas mesurés, et on le dévore en quelques heures. L’auteur s’attache avant tout à détailler les différentes mémoires des événements. D’abord la mémoire immédiate des Versaillais, qui s’efforce de repousser le spectre du soulèvement populaire, puis les mémoires des communards eux-mêmes et sa transmission et son évolution dans le cadre des luttes internes du mouvement ouvrier, dont la montée au Mur des fédérés constitue un moment majeur, jusqu’au débat les plus contemporains. Une remarque : l’exposé nous semble passer trop rapidement sur les liens entre la mémoire de la Commune et celle de la Révolution française. De la même façon, le mouvement de bascule après la Seconde Guerre mondiale mériterait d’être plus détaillé, notamment les liens qui se tissent à travers la grève générale d’août 1944 pour la libération de Paris.

Les faits et les mythes
Mais loin d’être une simple description des imaginaires politiques liés à la Commune, l’auteur soulève deux pistes de réflexions qu’il est important de souligner. La première s’attache à la question de « l’histoire contrefactuelle », une histoire avec des « si » particulièrement prégnante concernant la Commune : et si la Commune avait attaqué Versailles ? Et si les Communards s’était emparés de la Banque de France ? Avec raison à notre avis, l’auteur souligne combien cette approche tend à simplifier les événements et à masquer ou minimiser les complexités propres à un processus révolutionnaire populaire et démocratique. 
Évoquant rapidement les débats entre la Commune et Octobre 1917, Fournier effleure la controverse liée à la question du parti. Il y a là une élaboration à poursuivre et à approfondir, liée elle-même à la seconde piste de réflexion soulevée par l’auteur, sur laquelle il revient en conclusion. Celle-ci a trait à l’appropriation des événements dans une visée politique. Il souligne à juste titre que le travail de l’histoire permet de saisir la singularité des événements du passé. Mais que ceux-ci ne nous livrent aucune clef quant aux défis qui sont les nôtres. Nous devons nous méfier des « mythes mobilisateurs » dont les simplifications sont susceptibles de créer plus de problèmes que d’en résoudre. Et risque de rendre les militantEs peu réceptifs aux défis d’aujourd’hui, trop attachéEs à les lire au prisme de la Commune, d’Octobre 17 ou du Front populaire : « Il suffit, peut-être, de saisir ce simple fait : ces hommes et ces femmes se sont dressés contre ce qui leur était inacceptable ; se sont organisés eux-mêmes, souverainement, au sens le plus fort de ce terme. Ils ont mené leur lutte, à nous de mener les nôtres. »

Henri Clément

Essai : La Commune n’est pas morte d’Éric Fournier
Libertalia, 2013, 13 euros

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