Essai : La Capitana, Elsa Osorio

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traduit de l’espagnol par François Gaudry, Métailié, 2012, 336 pages, 20 euros
La Capitana dont il est question dans le titre s’appelle Mika Etchébéhère, militante communiste antistalinienne d’origine argentine, qui s’est battue dans la milice du Poum lors de la guerre d’Espagne, jusqu’à y gagner ses galons de capitaine. Il y a quelques années, les éditions Actes Sud avaient de nouveau publié son livre de mémoires, Ma guerre d’Espagne à moi (1). 
L’ouvrage d’Elsa Osorio n’est pas une biographie ou un essai, mais un ouvrage de fiction. Elle s’appuie bien entendu sur l’ensemble des documents qu’elle a pu rassembler, mais elle aborde son sujet en écrivaine. Elle entrelace les différents moments de la vie de Mika, organise des allers-retours entre les années de formation, les activités militantes et les nuits de veille sur le front espagnol. Elle joue également de la distance, tantôt narratrice omnisciente nous parlant de la fondation d’une communauté juive en Argentine, tantôt s’adressant directement à Mika, la tutoyant, s’efforçant de nouer un dialogue malgré les années et la distance.
Nous n’avons pas les compétences historiographiques pour juger de la rigueur des informations, du déroulé des évènements. Cependant, la fiction touche juste en parvenant dans un espace resserré à nous faire ressentir la grande tragédie du mouvement ouvrier au mitan du xxe siècle, pris en tenaille entre fascisme et stalinisme. Dans ce contexte, la révolution espagnole représente un évènement majeur, fascinant et encore riche d’enseignements, la riposte tant espérée à la victoire sans combats – ou presque – du nazisme. 
L’on croise dans ces pages Marguerite et Alfred Rosmer, Kurt et Katia Landau et tant d’autres opposants au stalinisme. Ces hommes et ces femmes qui ont su rester fidèles aux principes de démocratie ouvrière et d’internationalisme. Ce beau roman fait revivre, à travers le parcours de Mika, leurs actions et leurs controverses, leurs contradictions aussi, et témoigne d’un engagement aujourd’hui plus nécessaire que jamais.
Henri Clément
1. Collection Babel Révolutions, Actes Sud, 1998.

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