Ernest Mandel (1923-1995) : une pensée marxiste en action

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Il y a 20 ans, nous étions plusieurs milliers le 1er octobre 1995 devant le mur des fédérés au Père-Lachaise pour un dernier salut à notre camarade Ernest Mandel...

Militant, théoricien du renouveau du marxisme, Ernest Mandel était un dirigeant de la IVe Internationale, dont le Capitalisme du troisième-âge avait été qualifié par l’historien britannique Perry Anderson de « première analyse théorique du développement global du mode de production capitaliste depuis la Seconde Guerre mondiale, conçue dans le cadre des catégories marxistes classiques ».

Il a développé des instruments clés pour l’analyse de la phase dans laquelle est entré le capitalisme mondial après la fin du long boom de l’après-guerre, et a également formulé une analyse majeure de la nature de la récession prolongée du capitalisme mondial en cours depuis les années 1970. À cet égard, il a affirmé que les succès des efforts capitalistes visant à imposer une nouvelle forme de (dé)régulation de l’économie mondiale – ce que l’on nomme couramment à présent la « mondialisation » capitaliste – dépendraient en grande partie du rapport des forces sociales.

Ernest Mandel a conclu le dernier livre publié de son vivant, les Ondes longues du développement capitaliste1, par le pronostic toujours actuel : « Si les longues périodes de prospérité créent des conditions plus favorables pour le compromis et le consensus, les longues périodes de dépression sont propices aux conflits dans lesquels toutes les parties refusent de faire des concessions importantes. Ce qui tend à prévaloir, ce n’est pas une régulation réussie, mais des contradictions et des conflits croissants. Il n’y aura donc aucun atterrissage en douceur de la longue dépression, seulement des phases d’expansion des cycles courts suivies de nouvelles récessions, avec une augmentation régulière du chômage, et des taux de croissance moyens à long terme très inférieurs à ceux du boom de l’après-guerre. »

Un apport pour agir

Considérant que l’organisation qu’il s’est engagé à construire durant toute sa vie n’avait pas d’autres tâches que « la défense des intérêts historiques et généraux du prolétariat mondial », Ernest Mandel a aussi élaboré sur la transition au socialisme, le rôle du contrôle ouvrier, des conseils ouvriers et de l’autogestion, la place respective du plan et du marché, la nécessaire lutte contre la bureaucratie ouvrière...

Pour débattre de ses apports au marxisme, l’Association Alfred­-Rosmer organise ce vendredi 2 octobre un débat2. Norbert ­Holcblat y présentera l’apport d’Ernest Mandel à la théorie économique marxiste, Michel Husson analysera la théorie des ondes longues et la situation économique actuelle, et Catherine Samary traitera de sa conception de la transition au socialisme.

Jan Malewski

  • 1. Coédition Éditions Syllepse, M éditeur (Québec) et Formation Léon Lesoil (Bruxelles), 2014, 25 euros.
  • 2. Le vendredi 2 octobre à 19 h 30 à l’AGECA, 177 rue de Charonne, 75011 Paris, métro : Alexandre Dumas (ligne 2) ou Charonne (ligne 9). La discussion sera suivie d’un pot.

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