Grève des urgences : trop c’est trop

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Entamée à la mi-mars, la grève du personnel soignant des urgences hospitalières s'est rapidement étendue ces dernières semaines, touchant à l'heure où nous écrivons plus de 160 services dans le pays. 

Tout le monde savait que les urgences étaient à bout de souffle : on ne compte plus les témoignages des heures d'attente sur les brancards, la souffrance du personnel, incapable, en raison du manque d’effectifs, d'accomplir humainement son travail et de prendre en charge les patientEs. Et sur le sentiment de maltraitance qui les habite. De plan en plan, tous les gouvernements s'en sont pris à ce service public, comme à bien d'autres, au nom des économies nécessaires. En fait, au nom de la nouvelle doxa de rentabilité d'un service public. Les normes comptables du secteur privé sont ainsi adaptées aux services publics, ce qui est bien sûr un non-sens profond, mais surtout une machine à broyer les salariéEs. On le voit en ce moment avec le procès des dirigeants d'Orange (ex France Télécom), qui ont provoqué, avec leurs méthodes de rentabilisation avant la privatisation, la multiplication des arrêts maladie, dépressions, burn-out, quand ce n'est pas suicides. 

Oui, tout le monde savait et les dirigeants en premier, puisque ce sont eux qui organisent la casse. Mais ils regardaient le personnel qui se plaignait avec un souverain mépris : on se souvient de Macron en visite dans un hôpital rouennais pendant sa campagne électorale, disant à des infirmières qui réclamaient des moyens : « Il n'y a pas d'argent magique » ; et de sa ministre Buzyn, faisant la morale il y a quelques jours aux grévistes : « Ce n'est pas bien de s'arrêter en maladie » et « les problèmes ne vont pas se régler parce que je paie davantage ». 

Or, trop, c'est trop. Macron avait promis qu'il n'y aurait pas d'économies sur l'hôpital pendant le quinquennat, or, pour 2018, il y en a eu 960 millions. Agnès Buzyn annonce qu'elle augmente les moyens des hôpitaux, or ce sont encore 710 millions d'économies qui sont prévus en 2019. 

Aux urgences, Macron et sa bande sont tombés sur un os : la ténacité des infirmierEs et aides soignantEs, qui les a conduits à faire ce qu'ils et elles n'avaient jamais fait auparavant : se mettre massivement en arrêt maladie. Auparavant, le personnel gréviste dans les hôpitaux venait travailler avec un brassard « en grève », et restait de ce fait plutôt invisible. Poussés à bout par la morgue gouvernementale, ils et elles ont franchi un pas qui, manifestement, a fait bouger les choses. Puisque la ministre a lâché quelques maigres concessions : une prime de 100 euros nets pour 30 000 personnes et une somme représentant un demi-poste par service d'urgence, autant dire rien du tout pour les effectifs. C’est bien pourquoi la grève se poursuit. Les grévistes continuent de réclamer 300 euros d’augmentation de salaire ainsi que la création de 10 000 emplois. 

Cette grève se situe dans la continuité du mouvement des Gilets jaunes, puisque nombre d'infirmierEs, aides soignantEs, brancardierEs, en faisaient partie depuis le début de la mobilisation. Le mouvement des Gilets jaunes leur a manifestement redonné confiance, l'envie de s'organiser en collectif, afin de contrôler leur mouvement. Même s'ils et elles n'ont pas d'hostilité affichée envers les syndicats, qui leur viennent en aide, comme la CGT ou Sud-santé. 

Les revendications des grévistes sont celles de touTEs : augmentation des salaires, des effectifs, amélioration des conditions de travail, arrêt des suppressions de postes ou des licenciements. TouTEs les salariéEs pourraient s'y retrouver.

Régine Vion

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