« Oh non, Monsieur, on continue comme ça »

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Le retour en classe à l’issue du confinement ne s’est pas fait sans difficultés au sein des établissement, loin s’en faut. Les différentes versions du protocole sanitaire qui se sont succédées et les injonctions du Ministère qui se délestait des contraintes organisationnelles sur le niveau local ont créé une multitude de situations.

Parmi celles-ci, et malgré des contraintes sanitaires fortes dont le port du masque pour les collégiens, certaines méritent qu’on s’y arrête… car parfois, ce qui était demandé depuis des années par les acteurs de terrain, ce qui étaient hier impensable, déraisonnable, utopique a été réalisé.

Des groupes de 10 à 15 élèves

La période où seuls les volontaires étaient accueillis a permis de vivre, à grande échelle, une organisation scolaire avec des groupes d’élèves de 10 à 15. Chaque enfant pouvait avoir l’attention de l’adulte… et les enseignants pouvaient vérifier la bonne compréhension de chacun de ces élèves ! Exceptionnel au sein de l’éducation nationale.

Une autre organisation du temps et de l’espace

Dans nombre de collèges, les emplois du temps ont été revus, avec des cours d’une heure et demie entrecoupés de pauses de 30 minutes ou de la pause repas. Quatre fois une heure et demie par jour, soit 6 heures par jour, avec de vrais temps de pause… Fini les enchaînements de sept cours différents dans la journée, avec les changements de salle systématique, avec sept fois ses affaires à sortir par jour et sept fois ses affaires à ranger… et rapidement s’il vous plaît, on n’a pas que ça à faire ! Chaque classe avait sa salle. Chaque élève avait son espace, qu’il a pu commencer à organiser.

Des structures à taille humaine

Le nombre d’élèves accueillis étant limité et, pour une fois, on a pu vivre au sein de structures à taille humaine, sans être entassés, bousculés. Et malgré les distances à respecter, s’en était provisoirement fini des files d’attente, des bousculades dans les escaliers. On a aussi constaté une baisse très nette du niveau sonore, notamment dans les couloirs, les récréations, la cantine…

Des adultes disponibles

La pression sur les adultes était forte sur la période avec des contraintes sanitaires fortes, après des semaines de confinement éprouvantes. Et pourtant, les conditions de classe ont fait que les temps d’enseignement se sont révélés efficaces. Petit groupe, calme, rythme apaisé… On a redécouvert que pour apprendre mieux, il ne faut pas forcément apprendre plus, mais apprendre dans de bonnes conditions. Nous avons souvent ont été surpris de finir sans difficulté ce que nous avions prévu pour nos séances et avons pu faire le constat que l’efficacité de notre enseignement ne reposait pas uniquement sur des questions de motivation ou de quantité de travail, mais de conditions de travail et de vie au sein des établissements. Sans doute le fait que nombre d’enseignantEs se soient délestéEs de la pression des programmes a pu jouer aussi dans la sérénité de la relation pédagogique.

« C’est bien comme ça finalement »

Après trois semaines de travail dans ces conditions, les retours des élèves étaient souvent très positifs. Certes, certaines contraintes étaient pesantes comme l’impossibilité d’échanger du matériel, de travailler en groupes, de pouvoir se déplacer librement et bien entendu et en premier lieu, l’obligation du port du masque. Mais malgré tout, certains aspects de cette organisation exceptionnelle ont été très bien vécus par les élèves. À tel point que certains ne voulaient pas que d’autres élèves reviennent en classe et voulaient profiter de cette organisation plus longtemps… ce qui doit nous interroger sur l’école que nous voulons mettre en place.

 

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