Main basse sur l’université, de Philippe Blanchet

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Éditions Textuel, 144 pages, 15,90 euros. L’ouvrage de Philippe Blanchet, paru au début du mois de février dernier, connaît une double actualité avec le mouvement des « facs et labos en lutte » et la crise du coronavirus.

« Un véritable cataclysme »
« J’ai vu l’université se dégrader, ou plutôt, en fait, être dégradée par les politiques des gouvernements néolibéraux qui se succèdent depuis les années 2000. Et ceci de façon de plus en plus forte, profonde et rapide, de plus en plus grave, au fil des années. Les "réformes" néolibérales des années 2007-2019 auront été un véritable cataclysme et les années 2017-2019 un point culminant dans le processus de destruction du service public d’enseignement supérieur et de recherche ». Le constat de Philippe Blanchet, enseignant-chercheur en sciences du langage à l’université Rennes 2 depuis 1991, est amer. Il est toutefois lucide et correspond à ce que nombre d’acteurEs « de l’intérieur » des universités ne cessent de répéter depuis plusieurs années, avec une visibilité toute particulière au cours des dernières semaines. Dégradation des conditions de travail et d’études, précarisation des personnels, absence de financements pour les recherches, pénétration de plus en plus forte des intérêts privés dans l’université : autant de phénomènes qui témoignent d’une profonde et violente mutation à l’œuvre dans l’enseignement supérieur et la recherche (ESR), ­soumis aux injonctions et aux politiques néolibérales.

« Transformer radicalement l’université française de service public »
Dans ce livre dense et informé, Philippe Blanchet revient sur les récentes étapes de la destruction du service public de l’ESR : LMD (licence-master-doctorat), LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités), Parcoursup, ordonnance de 2018… Des dispositifs institutionnels, en général imposés de façon autoritaire, dont la cohérence globale se dessine au fil des pages du livre, qui poursuivent un objectif jamais clairement avoué : « Transformer radicalement l’université française de service public. Il s’agit à la fois de réduire le nombre d’étudiantEs, de favoriser le développement d’un enseignement supérieur élitaire et coûteux (et aussi privé), de prendre le pouvoir sur la recherche pour la marchandise, d’introduire un esprit de compétition, de réduire les libertés des étudiantEs et des universitaires. »
C’est contre les résultats concrets de cette dangereuse évolution que la mobilisation « facs et labos en lutte » s’est développée ces dernières semaines, provisoirement suspendue pour cause de confinement. Et ce sont aussi ces politiques, et leurs conséquences, qui sont dénoncées avec vigueur, à l’occasion de la crise du coronavirus, par nombre de chercheurs (lire notre interview de Gérard Chaouat en page 12). Un livre à lire, et à faire lire, qui donne un éclairage synthétique sur des dynamiques pas toujours simples à saisir et analyser, tout en ne versant pas dans le pessimisme : « Ce livre n’est pas non plus le constat d’une défaite de la pensée et des mobilisations face au pouvoir de l’argent et à la voracité des puissants. C’est un appel à la mobilisation collective et à l’unité des mobilisations de tous les secteurs de la société sur lesquels ces puissants cherchent à faire main basse. »

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