École confinée : l’expérimentation de nouvelles attaques contre l’école et nos métiers

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Quand la fermeture des établissements scolaires a été décrété le 12 mars dernier, le Ministre a tout de suite crié que tout était prêt pour mettre en place une « continuité pédagogique ».

Il a engagé une véritable opération de com à destination des parents d’élèves montrant d’une part que tout était « sous contrôle » et, d’autre part, qu’il était possible de continuer « l’école à la maison ». Cette affirmation est à la fois un non-sens pédagogique, un creuset des inégalités et une pression insupportable pour les familles et les enseignantEs.

La « continuité pédagogique » : un choix d’abord idéologique…

Pour Blanquer, le métier enseignant est vu comme une accumulation d’actes protocolisables que l’on peut répéter, transposer d’unE élève à unE autre, un peu comme si les savoirs se construisaient comme un meuble en kit, un peu comme si enseigner était suivre une recette de cuisine. Ce modèle, celui de « l’éducation par la preuve », justifie un cadrage pédagogique précis des enseignants et le recours systématique à l'évaluation.

Qu’importe les interactions entre pairs où avec le/la prof, qu’importe les déterminismes, qu’importe l’apprentissage par l’erreur, qu’importe le projet, le collectif… ce qui compte c’est réussir le test.

Forcément, le confinement donne aux thuriféraires de ce modèle, ministre compris, un test grandeur nature. Faire la démonstration pratique qu’au final, pour apprendre, un fichier, même numérique, avec répétiteur suffit et enfin « rénover » le métier enseignant.

… qui se confronte au réel…

Cette démonstration a vite tourné au fiasco, face à une triple fracture, numérique, social et scolaire. Numérique d’abord, car la connexion à internet sur ordinateurs et avec imprimante n’est pas majoritaire chez les élèves. Les conditions optimums non pas d’apprentissage mais simplement d’accès aux outils ne sont pas réunies, loin s’en faut, dans tous les foyers.

Sociale ensuite, car en plus d’être équipé en ordinateur, encore faudrait-il que les élèves aient un cadre à domicile leur permettant d’avoir un espace de travail réel, dans des conditions dignes et avec ce qu’il faut dans le ventre. N’oublions pas que parmi les 5 millions de personnes considérées comme pauvre en France, 1,9 million ont moins de 19 ans1.

Scolaire enfin car enseigner est un métier qui s’apprend. Même en ayant un « bagage » scolaire, même en partageant la langue, des parents se retrouvent en grande difficulté face aux questionnements légitimes de leurs enfants. La démonstration flagrante de la place de l’école comme lieu d’apprentissage le plus égalitaire et du métier d’enseignantEs forméEs concepteur/trices pour transmettre les savoirs a été faite. Et nous saurons le rappeler.

… et met la pression

Ce choix idéologique qui se fracasse au réel, cette dramatisation de l’enjeu scolaire dans une période déjà anxiogène a néanmoins des conséquences très concrètes. Tout d’abord une chaîne hiérarchique qui s’évertue à mettre la pression sur les équipes, parfois même au mépris des plus élémentaires règles sanitaires. Ensuite la fragilisation supplémentaire des familles déjà fragilisées, celles les plus éloignées des repères scolaires, dans une situation déjà angoissante. C’est inadmissible et parfois criminel : un enfant est mort sous les coups de son père et, si le contexte familial était déjà violent, ce sont les « devoirs » qui ont fait démarrer les coups.

Pour l’exécutif, la situation liée au confinement dans des conditions matérielles parfois précaires, des logements exigus ou des contextes familiaux violents devraient être la première source d’inquiétude. Garder le contact avec les familles, en particulier celles en difficulté, soutenir un lien avec les enfants, tel devrait être aujourd’hui le rôle essentiel d’un service public d’éducation. Les exigences, les injonctions devraient cesser.

Heureusement les résistances s’organisent et les collègues prennent conscience de ce qui se joue. Dès maintenant, il faut pousser à cette prise de conscience, soutenir les résistances et s’atteler à démonter pierre par pierre le discours ministériel, à montrer son incurie, son incompétence, pour que, quand le confinement sera fini, les comptes puissent être soldés.

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