Nucléaire. Prolifération des déchets radioactifs, démantèlement des installations irradiées, grand marché des poubelles nucléaires...Face à la folie du profit, quelles alternatives écosocialistes ?

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

L'industrie nucléaire a longtemps cherché à minimiser ou à nier la question du démantèlement des installations nucléaires.  Quand les centrales ont été construites, l'idée de les démonter un jour n'avait pas été anticipée par les ingénieurs d'EDF et du CEA. 

C'est en 2005, que la cour des comptes commence à s'intéresser à la question car elle craint que les provisions pour démantèlement soient insuffisantes, et il en va de la crédibilité de la politique énergétique de la France donc de l'industrie nucléaire. 

La France, avec ses 146 sites nucléaires civils et militaires, et dont les 58 centrales nucléaires sont vieillissantes, est d'ores et déjà confrontée au problème, 

A l'échelle mondiale, dans les 20 ans à venir, des dizaines de réacteurs, d'installations de recherches, d'usines de fabrication et de retraitement du combustible devront être démantelées, en particulier aux USA et en Europe, ce qui représente un enjeu technique et économique très important pour les  entreprises françaises qui sont sur les rangs

Peut-on vraiment démanteler une centrale nucléaire ?

L’anthropologue et philosophe Christine Bergé auteur du livre« Superphénix, déconstruction d'un mythe » a enquêté sur le chantier de déconstruction du surgénérateur Superphénix. Dans un interview à Basta en 2011, elle explique :

« La déconstruction même d’une centrale est un mythe. On déconstruit mais on ne résout pas le problème de la radioactivité pour autant. Une centrale est en réalité une gigantesque poubelle dont on disperse les éléments. Du moindre gant en latex jusqu’à certains composants pouvant mesurer 15 mètres de long et qui ont baigné dans du sodium irradié. Tout cela ne peut pas être déconstruit. Les déchets de déconstruction sont enrobés et mis en terre ou envoyés dans des filières dédiées. Mais on ne fait qu’enrober.

Tout est archivé, sur ordinateur ou sur papier, mais lire toutes les archives est strictement impossible. Une partie de l’information se perd. Par exemple, nous n’avons pas pu retrouver la trace de tous les architectes de Superphénix ! Or, pour la déconstruction, revoir entièrement ce qui a été fait dans le passé est une obligation.  De plus, les centrales nucléaires ne sont pas conçues pour être déconstruites. Autrement dit, on déconstruit à partir de rien, on est obligé de tout inventer. »

Définition de l'ANDRA(Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs) : 

« Le démantèlement est l'ensemble des opérations techniques qui visent, après arrêt définitif d'une installation nucléaire, à l'assainir en éliminant les substances radioactives et dangereuses résiduelles, ainsi que les structures ou les équipements les ayant contenues. Ces opérations sont conduites en vue d'atteindre un état final préalablement défini, notamment en fonction de l'usage futur : démontage des équipements, assainissement des locaux, assainissement ou réhabilitation de sols, destruction éventuelle du génie civil, conditionnement, évacuation et élimination des déchets générés (radioactifs ou non). » 

Quand les conditions d'assainissement sont remplies, le site est « déclassé », c'est à dire qu'il n'est plus sur la liste des installations classées et donc l'installation n'est plus soumise  aux contrôles réglementaires. 

Deux stratégiessont envisageables pour le démantèlement des installations nucléaires,toujours d'après l'ANDRA :

-      « un démantèlement dès la mise en arrêt définitif de l'installation », avec l'argument avancé de ne pas faire porter le poids du démantèlement aux les générations futures, tant sur les plans techniques que financiers. Cette stratégie permet de bénéficier des connaissances et compétences des équipes présentes pendant le fonctionnement de l’installation, indispensables lors des premières opérations de démantèlement. Elle évite, par ailleurs, des dépenses importantes de surveillance, de maintien dans un état de sûreté satisfaisant. » 

-      « un démantèlement différé, plusieurs décennies après l'arrêt de l'installation, justifié principalement par la décroissance radioactive des éléments à démanteler permettant des opérations de démantèlement moins complexes et optimisant l'exposition aux rayonnements ionisants des personnes réalisant les opérations. Elle permet d'étaler les dépenses dans la durée dans l'objectif d'une gestion financière raisonnée. » C'est le choix de la Grande-Bretagne. Il permet surtout d'attendre que l'on sache gérer les déchets. 

-      Il existe une troisième option, présentée comme très particulière, c'est le démantèlement in situ dit « entombment » (en tombeau). Il s'agit de couler du béton sur l'ensemble du bâtiment. C'est une technique employée aux USA pour des installations militaires. L'IRSN exprime des inquiétudes sur la sûreté à long terme, et sur le fait de créer de sites de stockages diffus. 

L'Agence Internationale à l’Énergie Atomique (AIEA) recommande le démantèlement immédiat et de nombreux pays affichent mettre en œuvre ce procédé.

En France :

Les choix ne sont pas débattus et les décisions prises dans l’opacité la plus totale .

Au départ EDF voulait attendre 50 ans comme les études internationales l'avaient préconisé. Et économiquement, il vaut toujours mieux reporter les dépenses improductives à plus tard. Cette politique revenait à laisser les générations futures se débrouiller du problème et le financer.

 

Dans les années 2000, la question du renouvellement du parc nucléaire s'est posée. La majorité des réacteurs français ayant été construits dans les années 1980 pour une durée de 30 ans, et la construction d'un réacteur prenant une dizaine d'années, c'était le moment de mettre de nouveaux réacteurs en chantier.

C'est alors avant tout la question économique qui a poussé au changement de la politique de démantèlement. Autrement dit, avant de pouvoir construire de nouveaux réacteurs nucléaires, il faut démanteler les réacteurs arrêtés et trouver un moyen de traiter correctement les déchets pour faire accepter aux Français cette poursuite de la politique nucléaire.

 

Et comme les règles de sûreté et de sécurité sont de plus en plus contraignantes, le démantèlement des réacteurs et le traitement des déchets deviendront de plus en plus difficiles et donc de plus en plus coûteux au fur et à mesure que les règles se durciront. Il faut donc démanteler au plus vite avant que les coûts ne rendent l'énergie nucléaire beaucoup trop chère et économiquement injustifiable.

 

 ANDRA : « La stratégie retenue en France est celle du démantèlement dans un délai aussi court que possible après l'arrêt définitif de l'installation, dans des conditions économiquement acceptables et dans le respect des principes de prévention des risques sanitaires liés à l'environnement et au travail. » On est dans le mythe du « retour sur herbe » d'une installation nucléaire le plus rapidement possible.

Le démantèlement d'un site est soumis à une autorisation de l'Autorité de Sureté Nucléaire (ASN) sous la forme d'un décret d'autorisation de démantèlement.

Les travauxcomprennent plusieurs phases.  D'abord la phase de préparation :  refroidissement du combustible dans la piscine sur place, avant son transport au centre de retraitement de La Hague dans le Cotentin.   Puis le circuit primaire est vidangé et les équipements non radioactifs sont démontés : turbine, alternateur, pompes du circuit secondaire, etc...Puis laphase dite de déclassement, doit libérer le site pour une autre utilisation et le débarrasser le plus possible de sa radioactivité.

L'ASN a des recommandations vis à vis des exploitants mais elles restent soumises à interprétation : « les exploitants mettent en œuvre des pratiques d'assainissement et de démantèlement visant à atteindre un état final pour lequel la totalité des substances dangereuses et radioactives a été évacuée de l'exploitation. » « dans l’hypothèse où cette démarche poserait des difficultés de mise en œuvre, l'exploitant doit aller aussi loin que raisonnablement possible dans le processus...en justifiant pourquoi les opérations ne peuvent être davantage poussées ...avec les meilleurs techniques possibles, dans des conditions économiquement acceptables. » 

 

Les déchets produits sont de deux types : conventionnels ou radioactifs.  Les premiers représentent 80% des déchets de démantèlement, notamment des gravas et métaux. En  France on considère que tout déchet en provenance du bâtiment réacteur est susceptible d'être radioactif, donc à traiter comme tel. 

D'après l'ANDRA, actuellement une cinquantaine d'installations sont en cours de démantèlement ou seront démantelées à moyen terme : une dizaine de réacteurs nucléaires, une quarantaine d'installations du CEA, d'EDF et d'Orano. 

L'ANDRA fait la promotion du démantèlement en citant des exemples : à Annecy, le CICN (ateliers de fabrication laboratoire) qui a été démantelé avec réindustrialisation (chaufferie biomasse) et Veuray-Voroize (usine de fabrication de combustible) loué à une société sofradir, (société française d'infra rouge). Autre exemple le CEA de Grenoble qui a assaini et démantelé depuis 2001 et les surfaces ont été réutilisées pour de la recherche et développement en micro-naoélectronique et en technologie pour la santé et les énergies renouvelables. 

L'IRSN indique que le démantèlement de réacteurs dits de deuxième génération, réacteurs à eau sous pression, a lieu sans problème (en Allemagne) et devrait se réaliser en 20 ans. Tout apparaît facile dans les publications officielles du monde du nucléaire. 

En réalité tout n'est pas si simple

Dans le monde, sur 110 réacteurs arrêtés (300 d’ici 2030), seuls 6 ont été démantelés complètement (aux USA)

En France, sur 146 installations nucléaires (127 INB et 19 INBS), seuls 9 réacteurs sont à l'arrêt définitif à Marcoule, Bugey, Chinon, St Laurent, ChoozA, Brennilis et Superphénix. 

 

Le démantèlement des réacteurs de première génération, uranium graphite-gaz, pose problème : premier exemple, le démantèlement interminable de la centrale de Bennilis, 18 ans d'exploitation, 47 ans de démantèlement, qui devrait s'achever en 2032 et devrait coûter au final 482 millions d'euros, soit 20 fois le montant prévu au départ. Le problème est technique (à l'état liquide, le sodium explose au contact de l'eau et s'enflamme au contact de l'air). Idem pour Superphénix à Creys- Malville dans l'Isère, la fin du chantier est prévu pour 2038. 

L'Espagne a opté pour ce démantèlement immédiat, mais se heurte au même problème pour son réacteur graphite-gaz de Vandellos. Ce qui fait que pour tous ces réacteurs de première génération, le démantèlement immédiat est un vaste mensonge et une opération de propagande.

Le coût

Le démantèlement des réacteurs de deuxième génération à eau pressurisé devrait poser moins de problème technique d'après EDF. Reste la question du coût. EDF a provisionné 36 milliards d'euros pour démanteler son parc, un montant vraisemblablement sous évalué : EDF prévoit 350 millions d'euros par tranche, là où les autres pays européens en prévoient entre 900 millions et 1,3 milliard par réacteur : EDF prévoit par exemple que subsistera un réacteur en activité à côté de celui à démanteler ce qui permettra de mutualiser certains coûts, EDF n'a pas pris en compte le coût social lié à la disparition d'un grand nombre d'emplois. De plus il sera nécessaire d'adapter le démantèlement à l'histoire de chaque installation, en fonction de son histoire, des incidents qui s'y sont produits, on ne pourra pas « standardiser » le démantèlement. Et EDF ne provisionne pas le coût de la gestion des déchets. 

En fait, comme EDF prolonge la vie des centrales jusqu'à 50 et même 60 ans, il espère ainsi prolonger le provisionnement des coûts. 

Les travailleurs, la sous traitance

Le démantèlement des installations nucléaire est un travail très dur pour les travailleurs, qui cumule les risques de l'intervention en milieu contaminé et ceux de la démolition de bâtiments industriels. 

Il s'agit d'un travail pénible et dangereux réalisé en combinaison ventilée qui rend plus délicat le respect des règles de sécurité propres à la démolition et à ses risques spécifiques : chutes de hauteur, chutes de charges, présence d'amiante et de gravats, etc... Il s'agit pour beaucoup d'emplois non qualifiés de démolition, évacuation, nettoyage, manutention, dans un environnement radioactif.

Pour que l'électricité nucléaire reste compétitive, alors que le coût des énergies renouvelable diminue, EDF cherche à diminuer au maximum le coût du démantèlement et exploite des travailleurs précaires via la sous traitance. 

Les entreprises sous traitantes qui se spécialisent dans cette activité font souvent partie de grands groupes qui travaillent dans les déchets. L'exploitant assure cependant la supervision du déclassement et reste responsable de son bon déroulement.

Il s'agit en outre, comme pour la maintenance, de faire supporter les doses par des travailleurs moins bien protégés, surveillés et informés que ceux de l'exploitant.

 

Il y a aussi des risques importants pour l'environnement et les riverains : risques d'envol de poussières radioactives, de rejets de liquides radioactifs, de dissémination de radioactivité sous toutes ses formes. Par exemple, à la centrale de Brennilis, une opération de démantèlement a provoqué un incendie.

Dans les autres pays

Dans la plupart des pays , il y a un seuil de radioactivitéen-dessous duquel on considère que le déchet est conventionnel, c'est-à-dire traité comme n'importe quel déchet industriel et donc potentiellement recyclable. Il y a un enjeu très important sur la fixation de ce seuil.

Or un très grand volume de déchets de démantèlement sont des gravats ou des métaux. Ces deux sortes de déchets sont recyclables. Les gravatspeuvent être employés dans les soubassement de routes, de parking ou de bâtiments. Les métauxpeuvent être refondus et réutilisés dans de nombreux produits de l'environnement quotidien.

Dans l'Est de l'Allemagne, la plus grosse centrale au monde, la centrale de Greifswald est en cours de déconstruction depuis 22 ans. Du plus petit boulon jusqu'aux monstrueuses cuves, tout est récuré pour être décontaminé et remis si possible sur le marché. 

Des ouvriers en combinaison et masques, sur des échafaudages à roulette, doivent poncer et aspirer les poussières radioactives des murs, ou d'autres, bouclés dans des casemates, découpent des pièces au chalumeau, nettoient la radioactivité extérieure de pièces métalliques avec des jets surpuissants de poussières d'acier ou d'eau. D'autres nettoyeurs plongent les pièces dans des grands bains d'acide ou d'électrolyse avant de les rincer au karcher.

Le marché du démantèlement va croître

Les industriels de l'énergie (EDF, Orano, Engie) mais aussi ceux en quête de diversification, de l'environnement (Véolia, Suez, Seché), du bâtiment (Bouygues, vinci), des services industriels (Assystem, Onet) pourront tirer une source conséquente de revenus.

EDF comme Orano prennent d'ores et déjà position sur ces marchés. En 2016, EDF a racheté à une société suédoise Studsvik ses activités de traitement des déchets nucléaires et a signé son 1er contrat avec la Sogin entreprise publique italienne chargée de la déconstruction des centrales nucléaires. Orano espère bien commercialiser le procédé de Cigeo, s'il voit le jour, et devenir une référence internationale en la matière. 

C’est la raison pour laquelle les acteurs se regroupent sous forme de consortium pour remporter des contrats très profitables. En France, le marché du démantèlement nucléaire est  estimé à 35 milliards d'Euros et il  devrait s’accroître en raison des grosses opérations à venir. 

Depuis quelques années, les autorités concernées tentent de mieux appréhender le coût du démantèlementde chaque installation. Le flou régnant autour des coûts a pour conséquence de faire grimper la facture de façon vertigineuse. 

La seule chose certaine, c’est que s’ouvre un marché mondial juteux évalué à 220 milliards d’euros étalés sur plusieurs décennies. Pour résumer, après avoir produit des milliers de tonnes de déchets radioactifs ils s’apprêtent à nous vendre au prix fort un « nettoyage » bâclé et aléatoire.

 Et si on ne démantelait pas les installations nucléaires ?

Cette intervention pose la question du non démantèlement des centrales nucléaires. Elle a vocation à être critiqué sur chaque point et argument car nous ne prétendons malheureusement pas avoir trouvé le Graal qui nous assurerait une sortie du nucléaire sans déchet ni inconvénient. Par ailleurs, il est une condition sine qua nonà cette proposition : ne plus produire de nouveaux déchets. Un arrêt du nucléaire civil et militaire est un préalable.


Nous venons de faire le tour des solutions de démantèlement et de leurs inconvénients, ainsi que des intérêts financiers qui en découlent pour une industrie en pleine déconfiture. Nous avons vu, afin d’éviter tout débats et contestations, que l’industrie nucléaire n’hésite pas à transformer le vocabulaire : les expressions « pré verdoyant » ou « retrouver le gazon vert » parsèment les documents suisses, allemands ou français afin de remplacer le trop technique mot « démantèlement». 

Mais pourquoi donc – et de façon aussi unanime – les industriels, scientifiques et politiques du nucléaire n’envisagent-ils que le démantèlement ?

Le fric bien sur pour les capitalistes, mais aussi l’oubli pour pouvoir le cas échéant remettre ça.

Mais pourquoi les écologistes et de nombreux-ses antinucléaires semblent se résoudre aussi à cette solutions ?

La faiblesse du mouvement antinucléaire dominé par une petite poignée de scientifiques et des associations comme le réseau, les uns comme les autres peu enclin à la critique anticapitaliste et ayant depuis longtemps abandonné l’aspect politique et sociétal des origines de la lutte contre le nucléaire. C’est ce que souligne très clairement la sociologue Sezin Topçu dans son livre « la France nucléaire. l'art de gouverner une technologie contestée »

Superficie des centrales

Une centrale nucléaire comme celle de Cruas en Ardèche occupe une superficie de 148 hectares. En France il y a 19 centrales, une bonne dizaine d’autres installations nucléaires civiles et autant de militaires soit une quarantaine de sites contaminés au total. Très grossièrement on peut dire que ces 40 installations représentent environ 6 000 hectares, soit 0,011 % du territoire national (France métropolitaine). En Suisse pays en plein débat sur le démantèlement les 4 centrales (6 km²) représentent 0,014 % du territoire. Nos pays peuvent donc supporter le fait de perdre définitivement quelques km². On aimerait certes les voir reverdir, mais à condition de ne plus ouvrir de nouveaux sites pour mettre des milliers de tonnes de déchets ou de nouvelles centrales.

Comment ne pas démanteler ?

La première étape est de retirer les combustibles usés, de les entreposer à l’extérieur en piscine ou à sec (par exemple à la Hague en ce qui concerne la France). Ensuite, il est possible de détruire les corps de bâtiments situés en dehors de la zone contaminée ou de les utiliser à des fins éducatives, de formation ou de musées de la « folie nucléaire ». Toutes les installations contaminées restent en l’état et sont entretenues, contrôlées, protégées durant les centaines d’années, voire plus, qui sont nécessaires à la disparition de la radioactivité. Et ce, bien sûr, avec les mêmes critères que ceux qui prévalent actuellement aux centrales en fonctionnement. Il faudra donc des dizaines de salariés par site pour maintenir en état ces installations et assurer leur sécurité.

Pas des gardiens, mais des ingénieurs, des techniciens, des travailleurs qualifiés et formés, avec une garantie d’emploi assurant le passage de la mémoire des installations. D’aucuns diront qu’il s’agit d’argent perdu, de métiers qui ne produisent pas de richesse. Mais n’est-ce pas déjà ce que l’on fait ou envisage de faire sur les sites de déchets nucléaires ?

Assurer la sécurité des populations n’est-il pas aussi valorisant que produire de l’énergie ?

Et ensuite ?

Le béton et le métal des cuves vont progressivement s’éroder. Sans doute au fil du temps mais pas plus que dans les sites d’entreposage des déchets envisagés actuellement. Et peut-être même moins si l’entretien est assuré quasi quotidiennement. En restant accessibles à tout moment ils rendront possible une intervention. Certaines centrales et installations nucléaires sont situées dans des zones inondables et/ou sismiques. Mais sans combustibles ces installations sont capables de supporter de tels risques. Elles pourront être renforcées si nécessaire.

De la nécessité de débattre

Ces arguments sont les plus souvent avancés pour le moment en défaveur de cette solution de non démantèlement, y compris dans les rangs des antinucléaires. A vous d’en ajouter car c’est ainsi que le débat doit s’engager sur des choix qui impacteront des générations et des générations. Ne pas démanteler signifie aussi ne pas transporter des milliers de tonnes de déchets et de gravats radioactifs, pas de robots grimpeurs raboteurs découpeurs, pas de mise en danger de centaines de salariés souvent externalisés et sous-payés, pas de déchets « perdus » dans les pays pauvres,  pas de millions de dollars ou d’euros évanouis dans des sociétés alléchées par des marchés en constante augmentation.

En réalité le seul vrai argument contre cette solution est que nous allons laisser aux générations futures la preuve visuelle, tangible, de 70 ans de folie nucléaire. Et c’est bien pour cela que nos industriels scientifiques et politiques veulent raser, cacher, disperser les monstres qu’ils nous ont imposés.

Et c’est pour cela que nous voulons que ces monstres restent visibles afin que les générations futures sachent jusqu’où peut aller la folie industrielle et marchande.

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