La « transition écologique » sauce Macron-Hulot : ni transition, ni écologie

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

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En matière d’écologie, l’image donnée par le gouvernement issu de la séquence électorale du printemps ressemble à la célèbre union de la carpe et du lapin…

Le  premier ministre, Edouard Philippe, a été directeur des affaires publiques d’Areva entre 2007 et 2010, son responsable de la communication, Charles Hufnagel,  a assuré les relations presse d’EDF et d’Areva , son directeur de cabinet, Benoît Ribadeau-Dumas, a travaillé pour la Compagnie générale de géophysique, une entreprise spécialisée dans l’exploration du sous-sol pour les industries du pétrole et du gaz, et « en même temps », Nicolas Hulot, image verte s’il en est,  devient « ministre de la transition écologique et solidaire »,  promu très honorifique ministre d’État, numéro trois du gouvernement. Que recèle cette apparente contradiction ? 

Il faut d’abord se souvenir qu’avant d’être président, Macron a été ministre de l’économie dans le gouvernement précédent. Il fut l’un des plus fervents défenseurs du réacteur EPR d’Hinkley Point en Grande-Bretagne, alors même que certains dirigeants d’EDF s’y opposaient. Il fut aussi un soutien du nucléaire en général : « ma volonté, c’est de donner une stabilité et une pérennité à la filière nucléaire qui est une filière d’avenir en France comme à l’international ». Il a personnellement supervisé l’accord très favorable aux sociétés autoroutières, signé le 9 avril 2015, prolongeant leurs concessions en échange du gel des péages et de la relance de l’investissement dans les axes routiers. Il a libéralisé le transport par autocar et déclaré que le diesel devait « rester au cœur de la politique industrielle française ».

A la veille de la COP 21, en septembre 2015, il avait obtenu que cinq permis de recherche d’hydrocarbures soient signés  (Champfolie en Seine-et-Marne, Herbsheim dans le Bas-Rhin et Esthéria dans la Marne) ou prolongés (Bleue Lorraine en Moselle et de Juan de Nova dans les terres australes et antarctiques françaises). Il a aussi validé les permis de recherche miniers en Bretagne, autorisant la société Variscan à fouiller les sous-sols en quête de cuivre, zinc, plomb, or et argent… Bref, un passé de ministre résolument productiviste, extractiviste, favorable au tout-routier et au nucléaire.

Alors que va faire Nicolas Hulot dans cette galère ? 

Cette nomination et son acceptation soulèvent beaucoup de questions sur ce qu’il a obtenu comme garantie ou contrepartie : l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes ? A ce jour, Macron  a nommé des médiateurs et s’est engagé à « prendre en considération les alternatives au chantier ». Ces annonces n’ont entamé ni la détermination ni la vigilance des  opposant-e-s, toujours aussi nombreux lors du rassemblement des 8 et 9 juillet dernier, toujours aussi déterminé-e-s à garder la ZAD.

 

Une écologie qui ne se fâche pas avec les capitalistes

Certes, Hulot a refusé à deux reprises le poste de ministre sous Hollande, mais il a été souvent très proche des allées du pouvoir, qu’il soit de droite avec Jean-Louis Borloo et Nicolas Sarkozy lors du Grenelle de l’environnement en 2007 et de la conférence sur le climat de Copenhague en 2009, ou du PS avec François Hollande et Laurent Fabius pour la COP21 en 2015. Avec Macron, il dit espérer que la « nouvelle donne politique » lui offrira « une nouvelle opportunité d’action ».

Malgré des déclarations passées « contre les politiques néolibérales faisant primer le business sur l’ensemble des autres domaines de l’existence », malgré la dénonciation de  « la violence capitaliste (qui) a colonisé tous les cercles de pouvoir », il incarne une écologie de la négociation, compréhensive avec les entreprises, une écologie d’experts en solutions positives, une écologie dépolitisée centrée sur les comportements individuels vertueux … à l’image de sa Fondation pour la Nature et l’Homme  (ex Fondation Nicolas Hulot), désormais dirigée par  Audrey Pulvar et qui compte parmi ses mécènes EDF, Vinci ou Véolia…

Sur le fond et aussi sur la forme, tant la pratique politique que la vision de l’écologie de Nicolas Hulot sont finalement assez  Macron-compatibles. La conclusion de sa tribune du 2 août dans Le Monde illustre parfaitement cette démarche consensuelle d’une écologie qui ne fâche pas et surtout ne se fâche pas avec les capitalistes : « des logiques économiques, sociales et environnementales, qui auparavant s’opposaient, se rejoignent désormais. Nous avons une fenêtre d’opportunité presque unique. Partout, l’union des forces progressistes, soutenue par la dynamique impulsée par le gouvernement et le plan climat, mais aussi avec les entreprises, les territoires, les citoyens, peut concrétiser ce nouvel espoir. »

Le gouvernement n’a que quelques mois, mais à la lumière des premières décisions il est possible de se faire une idée de ce qu’Edouard Philippe a qualifié le 4 juillet devant l’Assemblée nationale de projet « ambitieux et exigeant » en matière d’écologie.

 

Un plan climat en trompe-l’œil 

Après son « Make our planet great again », lancé en réponse  à l’annonce par Donald Trump de la sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris,  et dans la continuité de la posture de Hollande au moment de la COP21, Macron se pose en leader international sur la question du climat. Il affirme, avec les mêmes accents cocardiers, que « la France se veut en chef de file », et déclare que son « ambition (….) est d’aller plus loin que les objectifs fixés par l’accord de Paris ».

Annoncé dès début juin et présenté par Hulot le 6 juillet, le plan climat se présente comme la traduction de cette ambition. Sans doute conscient de son manque de précision et de mesures concrètes, Hulot le définit comme une « colonne vertébrale à laquelle on pourra ajouter des vertèbres », expliquant qu’il « n’est pas une fin en soi ». Opération de communication,  il recèle un certain nombre d’annonces – faire de la France un pays «neutre» en carbone à l’horizon 2050, «disparition des passoires thermiques» en dix ans, fin de la vente de voitures à essence et au diesel en 2040… – qui peuvent faire illusion. Mais à y regarder de plus près, ce plan est à la fois loin du compte, sans moyens concrets et par certains aspects dangereux. 

Commençons par ce qu’il n’y a pas dans le plan : le nucléaire. Quand il est interrogé, Hulot se contente de réaffirmer l’objectif, déjà inscrit dans la loi de transition énergétique de 2015, de ramener à 50 % la part de l’atome dans le mix électrique en 2025 – contre 75 % aujourd’hui. Mais incapable de dire comment y parvenir, il s’en sort par une pirouette : « ce qui m’importe, plus que les symboles, c’est la planification. Mécaniquement, nous allons fermer un certain nombre de réacteurs. » Il indique devoir identifier avec ses services quels réacteurs seront fermés « en fonction de critères de sécurité, sociaux et économiques ». Mais  conclut : « j’espère qu’on tiendra l’objectif de 2025 ». Ensuite, le 10 juillet, Hulot a évoqué la fermeture d’ici à 2025 de « peut-être jusqu’à dix-sept réacteurs ». Pas rassurant !

Absente aussi du plan, la taxe sur les transactions financières (TTF) dont une partie irait au financement de l’action climatique en Europe et dans les pays les plus vulnérables. La TTF est en discussion depuis plus de six ans, Macron s’était engagé à la défendre, mais il l’a fait retirer du plan pour « garder un avantage compétitif pour attirer les entreprises et investisseurs de La City », c’est-à-dire  satisfaire les exigences des secteurs bancaire et financier. Pourtant, selon Attac, la TTF pourrait rapporter jusqu’à 35 milliards d’euros par an si elle était appliquée à l’ensemble de l’Union européenne.  

Dans le même sens, le plan climat fait l’impasse sur les accords de libéralisation du commerce et de l’investissement. Comme le dit Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac France, ces « accords (CETA, TAFTA, JEFTA, etc.)  contribuent à accroître les émissions de gaz à effet de serre, font peser de lourdes menaces sur les réglementations environnementales actuelles ainsi que sur la capacité des Etats à prendre de nouvelles mesures plus strictes à l’avenir, tout en donnant des droits excessifs aux entreprises multinationales empêchant de sanctuariser les politiques climatiques des Etats et les engagements pris dans le cadre de l’ONU. »

 

Objectifs sans moyens ni calendrier

On n’en finirait pas de citer les objectifs proclamés sans moyens ni calendrier : « zéro artificialisation des terres » – mais quid du projet de méga-complexe commercial de Gonesse ou de la LGV Lyon-Turin ? « Disparition des passoires thermiques » – mais quels moyens pour rénover les sept millions de bâtiments très mal isolés et énergivores ? Et quel crédit accorder à la  promesse de  « contrats de transition écologique » pour aider les « territoires et les salariés concernés »  par la mise à l’arrêt d’ici à 2022 des quatre dernières centrales à charbon françaises à se reconvertir, quand ce même gouvernement mène une attaque en règle contre le droit du travail et la sécurité sociale des salarié-e-s ?

Sans financement à la hauteur ni arme face aux groupes capitalistes climaticides, le plan climat est un couteau sans lame, mais il n’est pas que ça, il est dangereux.  L’objectif de la neutralité carbone en 2050, présenté comme central et ambitieux, est en réalité volontairement flou et de ce fait inquiétant. Sous l’habillage de « trouver un équilibre entre les émissions de GES de l’homme et la capacité des écosystèmes à les absorber » se cache en fait le renoncement à réduire drastiquement les émissions et la porte ouverte aux technologies des apprentis-sorciers du climat –géo-ingénierie, capture et stockage du carbone… – et aux mécanismes de compensation et de marché carbone. Une politique écologiquement inefficace et terriblement destructrice des droits et des conditions de vie des populations. 

Ce plan climat conditionne la transition écologique au bon vouloir des entreprises et à leur anticipation de profits accrus. Rien d’étonnant : son auteur voue une dévotion totale au marché, comme en témoigne sa tribune du 1er août dans Le Monde : « la transition écologique est en train de faire ses preuves en économie. Jamais les prix des énergies renouvelables n’ont été aussi bas, laissant entrevoir un avenir sans énergies fossiles. » Comment affirmer plus clairement le credo libéral selon lequel le marché  pourvoira ? 

Alors qu’à coup de plan com et d’éléments de langage, Hulot tente de faire croire qu’une politique libérale est compatible avec une politique écologique ambitieuse, la réalité se réinvite très vite, elle a pour nom les perturbateurs endocriniens (PE). Hulot et le gouvernement français font « le choix politique de ne pas s’opposer » à une définition des PE qui donne satisfaction au lobby, en demandant un niveau de preuve trop élevé pour classer une substance comme perturbatrice endocrinienne et en excluant les pesticides ayant pour mode d’action, justement, la perturbation endocrinienne comme le glyphosate. 

Ainsi, quand il faudrait s’opposer à l’industrie chimique pour protéger les populations, ils capitulent. Ce n’est là sans doute que le début d’une longue liste.

 

Christine Poupin

 

Cet article a été élaboré dans le cadre de la Commission nationale écologie du NPA. Informations sur :

- sa page internet du site NPA, https ://npa2009.org/commission_ecologie/

- son blog (avec des textes de différents comités NPA et les articles de campagne présidentielle), http ://npa-ecologie.org/

- sa page Facebook (avec des blogs de comités NPA et des articles divers), facebook.com/npaecologie/

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