Climat : agir avant qu'il ne soit trop tard

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Écologie
idées

Par Christine Poupin. 

Changement climatique : plus haut, plus vite… : Les chiffres de l’année 2016

Le rapport de l'Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA) publié le 11 août

2015-2016 =  2 années consécutives où la température globale était au plus haut depuis le début des relevés de températures en 1880

La température moyenne mondiale a augmenté de 1,1 ° C depuis l'ère préindustrielle

Mais le réchauffement est trois fois plus élevé dans l'Arctique et la péninsule Antarctique, à un rythme de 0,17 ° C / décennie entre 1970 et 2015 (170 fois plus élevé que les variations moyennes de l'Holocène)

Dans l'Arctique, la zone la plus sensible au réchauffement climatique, la température moyenne à la surface l'année dernière se situait deux degrés au-dessus de la moyenne de 1981–2010, battant tous les records. 

A la fin de l'hiver, en mars, l'étendue maximum des glaces arctiques était la plus faible en 37 ans d'observations par satellite. Dans l'Antarctique, la banquise a connu son plus faible accroissement, très inférieur à la moyenne de 1981-2010.

 

En 2016, les concentrations de dioxyde de carbone (CO2) sur la Terre ont dépassé les 400 ppm (parts par million) - 402,9 - pour la première fois depuis le début des relevés.

 

Plusieurs pays, dont le Mexique et l'Inde, ont enregistré des températures annuelles record en 2016. Une vague de chaleur d'une semaine dans la péninsule indienne, avec des températures dépassant 44 degrés Celsius, a contribué à créer une pénurie d'eau pour 330 millions de personnes et fait 300 morts. 

Dans les régions équatoriales, 93 tempêtes tropicales se sont produites en 2016 soit plus que la moyenne de 82 entre 1981 et 2010 mais moins que les 101 en 2015

 

 

Et… les six premiers mois de 2017 sont également parmi les plus chauds enregistrés depuis 1880, selon la NOAA. 

Le nombre de personnes souffrant de malnutrition va recommencer à augmenter cette année (2017)", a estimé José Graziano da Silva, directeur général de la FAO

"Environ 60% des personnes souffrant de la faim habitent des zones touchées par la guerre et les changements climatiques", a-t-il indiqué. Au total, 19 pays sont en situation de crise prolongée, où les conflits et la violence viennent souvent s'ajouter à la sécheresse ou aux inondations causées par le réchauffement climatique.

Près de 20 millions de personnes luttent contre la faim à cause des combats et de la sécheresse au Soudan du

Sud, au Nigeria, en Somalie et au Yémen.

 

Des causes et des conséquences profondément sociales : quelques exemples…

Incendies de forêts au Portugal et aussi en France

-   les températures supérieures à la moyenne (5 à 7 degrés de plus) enregistrées le samedi 17 juin lorsque l’incendie s’est déclenché, les vents très forts, les sols frappés par la sécheresse…

-    et une corrélation entre l’augmentation du nombre d’incendies et l’expansion de l’eucalyptus au Portugal (une expansion de 13% entre 1995 et 2010, ndlr). Les terres agricoles ont progressivement laissé place à un territoire forestier, dominé d’abord par les pins puis par l’eucalyptus. C’est précisément au cours de cette transition que l’on a observé une hausse du nombre d’incendies, dont l’intensité s’est également accrue (les feuilles, l’écorce et surtout l’huile d’eucalyptus sont hautement inflammables, ndlr). Aujourd’hui, l’eucalyptus représente près de 30% des espèces au Portugal, selon les derniers chiffres officiels rendus publics en 2010. 9% du territoire (plus de 800.000 hectares) serait par conséquent recouvert d’eucalyptus. Seuls le Brésil, l’Inde, l’Australie et la Chine font mieux. En proportion néanmoins, si on tient compte de la superficie, le Portugal est sans doute le pays qui compte le plus d’eucalyptus au mètre carré dans le monde. Une donnée qui s’explique notamment en raison du poids de l’industrie du papier et de la pâte à papier (alimentée pour l’essentiel par le bois d’eucalyptus, ndlr), qui représente 1% du PIB portugais malgré le peu d’emplois directs créés.

Cette véritable colonisation du pays intérieur par les essences préférées des papetiers (l’ancien groupe public Portucel, devenu un des géants européens privés du papier) s’est faite sur les ruines de l’agriculture traditionnelle, elle-même à l’origine d’un exode rural implacable.

-   Le Portugal a cessé d’avoir une politique forestière publique digne de ce nom. En témoignent notamment les coupes successives, d’abord dans les effectifs (le nombre de gardes forestiers, par exemple, qui avait déjà commencé à baisser, est passé de 1.200 membres sous le précédent gouvernement de gauche à 317 l’année dernière). L’intervention de la Troïka n’a ensuite fait qu’accélérer ce désengagement de l’Etat, encouragé par ailleurs à libéraliser le secteur.

Le corps des gardes forestiers, très présent sur le terrain, a donc été démantelé tout comme les anciens « Serviços florestais », grande entité chargée de la gestion et la protection de la forêt, qui n’existait déjà plus en tant que telle avant l’arrivée des créanciers mais qui a été par la suite, sous l’impulsion de la Troïka, sévèrement restructurée.

Le ministère de l’Environnement et le ministère de l’Agriculture ont en effet fusionné, les « Serviços florestais » devenus « Autoridade florestal nacional » ont à leur tour fusionné avec le « Instituto da Conservação da Natureza »… Résultat : le nombre d’employés a diminué, les services sont moins spécialisés, moins opérationnels, surtout dans leur capacité à mener des opérations sur le terrain… En parallèle, outre ces restructurations, la Troïka a encouragé le gouvernement à libéraliser non seulement le code du travail ou la finance, mais aussi les ressources des sols…

 

En France

Les incendies de forêts sont le résultat d’un cocktail de raisons :

-   Déprise agricole, colonisation forestière

47 % des départs de feu se concentrent dans les 15 % d’habitations à la lisière de la forêt. Cette interface entre la forêt et l’urbain tend à progresser. « L’espace méditerranéen était le lieu d’une forte activité pastorale. Avec la déprise agricole, la forêt a repris du terrain sur les oliveraies, les pâturages, et elle a gagné 8 millions d’hectares – soit un doublement de sa taille – depuis le XIXe siècle », Ces zones agricoles permettaient autrefois de faire tampon entre la forêt et les zones urbaines, d’empêcher l’embrasement de la forêt à partir des maisons dans un sens et d’empêcher que les flammes ne se répandent dans les zones urbaines de l’autre. Le remplacement de ces zones pastorales par la forêt augmente le risque d’incendie.

-       Sous-entretien et Perte de connaissances

Leur dirigeant national, le secrétaire national du Snupfen, « Cette accumulation de biomasse, et les départs d’incendie, sont liés au sous entretien de la forêt et de ses lisières, notamment des zones de départ de feu et des bordures de route.

 « On a remplacé les effectifs de patrouilleurs en forêt par des caméras thermiques, des drones. Mais elles ne font pas notre travail de prévention. Nous, on se retrouve avec de plus en plus de surface à surveiller. »

Le forestier aime à convoquer un exemple : « Jusqu’en 2003, on patrouillait toujours à deux, avec un forestier et un pompier volontaire. Comme cela, on apprenait aux jeunes à parcourir le massif, repérer les pistes, savoir lesquelles étaient débroussaillées ou non : on les formait, ils apprenaient à connaître leur forêt. Et puis un beau jour, on a décidé qu’il n’y avait plus assez d’effectifs et on les a placés tout seuls, à des carrefours stratégiques, à attendre les feux, sans bouger. Quand on réduit le budget, il y a aussi une perte de connaissance de la forêt », narre DominiqueDenliker, l’agent du Var.

« Le problème, c’est qu’on a orienté tous les crédits sur la lutte contre le feu, aux dépens du préventif. Or celui-ci passe par la présence physique sur les massifs, pour faire de la pédagogie », conclut Philippe Canal.

-       La construction de la mégacentrale à bois de Gardanne: un exemple de fausse-solution (exploiter la forêt pour la protéger)

Nous n’avons pas besoin d’une centrale qui consomme un million de tonnes de bois par an et qui aurait besoin d’être alimentée par bateau de l’Amérique du Nord. C’est complètement démesuré par rapport aux possibilités de la forêt »

 « Ces centrales ont besoind’une telle quantité de bois pour brûler que la forêtlocale ne peut y suffire. De plus, leur rendementénergétique est très mauvais. Pour créer de l’emploi,on utilise du bois pour chauffer de l’eau pour faire del’électricité qui chauffe les courants d’air… Derrière la centrale de Gardanne, il y a d’abord des intérêts financiers. Alors qu’on peut utiliser le bois pour isoler les maisons, une solution plus efficace que de les chauffer avec de l’électricité produite à partir de bois.

 

 

Terres immergées et salinisation au Bengladesh

Le Bangladesh sera l’une des zones les plus durement touchées par l'élévation des océans.

-   En première ligne : 8 millions de personnes vivant sur des îles artificielles du golfe du Bengale bâties dans les années 1960 par le gouvernement bangladais, dans le but de créer 1,2 million d'hectares de terres cultivables pour nourrir sa population croissante.

Connues sous le terme néerlandais de polders, ces 139 îles cernées de digues sont aujourd'hui menacées par la montée du niveau de la mer, l'affaissement des sols, l'insuffisance des ressources en eaux fluviales, ainsi que par le passage d'une agriculture axée sur la terre à l’élevage de la crevette.

-       Ces 40 dernières années, l’aquaculture a connu un essor fulgurant dans ce pays de rivières, remplaçant l'agriculture et faisant du Bangladesh le septième exportateur mondial de crevettes d’élevage, derrière la Chine, l'Indonésie, le Vietnam, l'Inde, l'Équateur et la Thaïlande. Climatologue réputé au Bangladesh, il considère l’élevage de crevettes comme une « inadaptation » au changement climatique, qui engendre d’importantes difficultés économiques et sociales pour les autochtones.

 

Selon les scientifiques, le Bangladesh – un pays de faible altitude sillonné par le Gange, le Brahmapoutre et le Meghna, ainsi que par leurs affluents et leurs ramifications – sera l’une des zones les plus durement touchées par la montée des océans et la fonte des pôles dues au réchauffement climatique.

Les données de l'organisme de mesure britannique Permanent Service for Mean Sea Level montrent que le niveau de la mer dans le sud-ouest du Bangladesh a augmenté d’environ 7 millimètres par an entre 1980 et 2003, soit bien plus que la moyenne mondiale de 3,4 millimètres.

Cette singularité s’explique en partie par les 6 000 kilomètres de talus qui entourent les polders et contribuent à la montée du niveau de la mer. En contenant les marées entre les talus, les digues des polders empêchent l’eau de mer de se répandre et la chassent plus en avant dans les terres. Selon une étude réalisée par Julian Orford, professeur émérite à l'École de l'environnement naturel et bâti de l'université Queen’s à Belfast, cette topographie a pour résultat de faire progresser le niveau de la mer de près de 17 millimètres par an à Khulna, la région où vit Rnai.

« Le fait même de tenter de préserver la civilisation en construisant des digues est l’une des causes principales de cette élévation du niveau de la mer

 

Une étude réalisée en 2009 par l'Institut bangladais du développement des ressources du sol, géré par le gouvernement, a établi que 1,1 million d'hectares de terres arables du littoral était affecté par la salinité, soit une augmentation de 27 % en 35 ans.

Pendant ce temps, le manque d'eau douce aggrave la salinisation. En Inde, un gigantesque projet d'ingénierie destiné à capter les eaux fluviales durant la mousson et à les détourner vers des zones plus arides grâce à un réseau de réservoirs et de canaux réduit la quantité d'eau douce arrivant au Bangladesh. « Les politiciens qui prennent des décisions concernant les bassins hydrographiques situés en amont se préoccupent de la protection de leurs populations, de leurs infrastructures et de leur productivité agricole, sans se dire : “Oh, attendez, ce vaste réseau de canaux va détourner l'eau du delta vers le pays d'à côté !” »

 

Coulée de boue au Sierra Leone

400 morts = le  bilan d'un glissement de terrain qui a emporté des dizaines de maisons début août dans un faubourg de Freetown, la capitale de la Sierra Leone.

Un porte-parole de la Croix-Rouge a estimé le nombre de personnes sans abri à 3.000. Le nombre de personnes portées disparues est, lui, évalué à 600.

Coincée entre la mer et la montagne, Freetown a le plus haut taux de précipitation annuel d’Afrique ; les inondations y sont récurrentes.

Le glissement de terrain est survenu lundi en tout début de matinée à Regent, dans la banlieue sud de Freetown dans un secteur situé sur une colline, après une nuit de pluies diluviennes.

Des dizaines d'habitations ont été balayées au passage de la gigantesque coulée de boue dans un bidonville où de nombreux bâtiments avaient été construits sans permis.

En 2015, une note de l’African Research Institute alertait sur les risques de la déforestation, de l’accumulation des déchets qui bouchent las canalisations auxquels s’ajoutent les effets du changement climatique.

 

Vague de chaleur : les pauvres plus vulnérables

La période  particulièrement chaude du  19 au 22 juin, pourrait, sous l'effet du dérèglement climatique global, en annoncer d'autres.

Les projections climatiques réalisées sur la France métropolitaine indiquent que d'ici la fin du siècle, les vagues de chaleur pourraient être bien  fréquentes qu'aujourd'hui,  plus sévères et plus longues,  plus précoces ou plus tardives qu'actuellement. Dans un scénario « sans politique climatique » (scénario RCP 8.5 du GIEC), elles pourraient ainsi survenir de mai à octobre.

Réchauffé.e.s, pollué.e.s...

Forte chaleur se conjugue avec  pollution accrue. Pollution à l'ozone d'abord,  résultat de la transformation des oxydes d’azote (Nox) et des Composés Organiques Volatils (COV)  qui réagissent ensemble sous l'effet de la chaleur et de l’ensoleillement. Cette pollution est directement liée au trafic routier. Les effets sur la santé sont multiples, respiratoires, les insuffisant.e.s respiratoires et les asthmatiques sont les plus vulnérables, ils sont aussi cardiovasculaires et responsables de près d’un tiers de la mortalité liée aux AVC et aux infarctus.

...et stigmatisé.e.s

Nouveau sujet à la mode pour condamner les incivilités en banlieue, la presse et les réseaux sociaux s'indignent de ce "street pooling". Seules solutions : conseil santé "n'oubliez pas de boire", patronage "allez à la piscine, les jeunes", répression, comme à Saint-Denis, où la police n'hésite pas à gazer des collégiens qui pataugent et vague mention "d'îlot de chaleur urbain" dans une obscure action d'un "plan climat territorial" déjà caduc... Malgré  les problèmes de gaspillage et les risque d'accidents en tout genre,  les ouvertures sauvages de bouches à incendie sont-elles plus irresponsables que la passivité des autorités face aux épisodes de canicules ? La triste réalité, c'est l'absence effective de prise à bras-le-corps du changement climatique et de ses conséquences dans l'aménagement urbain. Les "sauvageons" des quartiers populaires viennent le rappeler : nos villes ne sont pas faites pour les degrés en plus à venir. Mais on préfère parler de délinquance plutôt que de climat.

 

 

Le climat : une question politique centrale ou Pourquoi ni l’écologie de marché ni la responsabilité/culpabilité individuelle au cœur de la politique de Macron et Hulot ne peuvent résoudre le problème