Voyage en tête de gondole

Scénario et dessin de Timothée Ostermann. Éditions Fluide Glacial, 2016, 19 euros. 

Michel-Edouard Leclerc est certes un féru de BD, mais il s’est sans doute étranglé de fureur en voyant toutes les combines de son groupe portées au grand jour par un jeune stagiaire, qui plus est, dans une BD que son entreprise est obligée de distribuer...

En juillet 2010, Timothée Ostermann, jeune étudiant en art, se retrouve en « stage » dans un Leclerc d’Alsace. Il découvre alors un paquebot de 9 423 m2, où turbinent (plus ou moins vite et efficacement) 285 employés. Il se forme, entre autres, au compactage de cartons ou au rangement des paquets de café ou de chips en rayon… Timothée prend le parti de découvrir toutes ces activités « passionnantes » avec l’œil du jeune naïf qu’il est. D’un trait simple et léger, il dresse le portrait de ces collègues sous la forme de petites anecdotes savoureuses.

Nous n’ignorons plus rien des tenues de service du personnel ou de la façon de manipuler un « tire-palettes » ou une file de caddies. Les blagues des collègues sont souvent bêtes, parfois franchement racistes. Nous découvrons aussi les lieux de repli, à l’abri du regard des chefs et des caméras pour déguster les barres de chocolat dérobées.

Plutôt gentillet au début, le ton monte vis-à-vis des chefs pour prendre de plus en plus d’ampleur, gagner en perspective et s’attaquer à la saga familiale et au système mafieux des « parrains » qui permettent à Michel-Edouard de tout contrôler dans le groupe, de saigner les fournisseurs et d’exploiter les salariés. Timothée est un jeune auteur dont la plume ne possède pas encore l’acidité des grands auteurs américains, mais il réalise une première œuvre attachante.

Sylvain Chardon

 

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