À voir : Une grande fille, de Kantemir Balagov

Film russe, 2 h 17, sorti le 7 août 2019.

Kantemir Balagov, jeune cinéaste russe, est né en 1991 à Naltchik, au pied du Caucase, capitale de la république autonome kabardino-balkar. Il a réalisé deux longs métrages qui abordent avec talent et délicatesse deux questions qui font mal dans la Russie d’aujourd’hui. Tesnota (2018) évoquait à partir d’une histoire réelle les rapports complexes entre Juifs et Kabardes dans le contexte d’affirmation des nationalités consécutif à la chute de l’URSS. Avec ses portraits de femmes, Une grande fille s’attaque à un sujet non dénué de résonances dans une Russie où sont exaltés les héros de la « Grande guerre patriotique », c’est-à-dire la Seconde Guerre mondiale.

Portraits de femmes

Dans la Leningrad de l’hiver de l’immédiat après-guerre, Iya, infirmière d’un hôpital où sont soignés des mutilés de guerre, souffre de mystérieuses crises de tétanie. Elle est très grande, ce qui lui vaut d’être considérée avec un amusement parfois méprisant et surnommée « girafe ». C’est un personnage solitaire et mystérieux, un mélange de beauté et de gaucherie, en charge d’un enfant, et dont le destin s’éclaire avec le retour de son amie Masha qui a été soldate au front au côté d’Iya, 

Une grande fille est avant tout un portrait de femmes ; de ces femmes soviétiques dont la vie guerrière a été souvent plus dure que celle des hommes : aux dangers des combats s’ajoutait leur exposition au harcèlement et pressions de la part notamment des officiers. Kantemir Balagov et son coscénariste se sont inspirés des souvenirs de guerre de femmes soviétiques que l’écrivaine Svetlana Aleksievitch a réunis dans La guerre n’a pas un visage de femme (édité en français au Livre de poche).

Les séquelles de la guerre minent ces deux femmes qui se retrouvent à survivre dans un travail éprouvant et une chambre  d’un appartement communautaire. La trajectoire de Masha l’amène à croiser les parents nomenklaturistes d’un amoureux et à se confronter au mépris de la mère qui veut absolument l’écarter de son rejeton. Elles n’ont que leur solidarité pour se reconstruire.

Henri Wilno

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