Vice

Film étatsunien d’Adam McKay, 2 h 12, sorti le 13 février 2019. 

Adam McKay avait déjà réalisé, avec The Big Short : le casse du siècle, un des meilleurs films sur la crise financière de 2008. Il s’attaque ici au personnage de Dick Cheney, vice-président des USA entre 2001 et 2009, auquel l’incompétence du président en titre, George W. Bush, offrit un boulevard pour jouir de quasi-pleins pouvoirs.

L’ascension d’un homme sans qualités particulières

Le film commence le 11 septembre 2001. Les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone viennent d’avoir lieu. La confusion règne, George W. Bush n’est pas là, Cheney donne des ordres comme s’il était le président. L’Afghanistan est d’abord frappé mais l’objectif du vice-président est la guerre contre l’Irak ; n’hésitant pas à déformer la réalité, il va manipuler l’opinion et les élus et finir par l’emporter malgré les réticences d’autres centres du pouvoir.

Comment en est-on arrivé là ? McKay a réalisé une satire féroce qui décrit, avec à la fois réalisme et humour, l’ascension d’un homme sans qualités particulières poussé par sa femme. Cheney n’a que deux points de repère essentiels : sa famille et son goût du pouvoir. Un personnage central du film est Donald Rumsfeld (futur secrétaire à la Défense), auprès de qui Cheney va se former au cynisme et aux coups tordus : quand le encore novice Cheney lui demande, à propos des bombardements du Cambodge : « Quelles sont nos convictions ? », Rumsfeld éclate de rire : « Elle est bien bonne, celle-là ! Quelles sont nos convictions ! »

Outre la politique étrangère, Cheney se mêle aussi d’économie, surtout quand ses propres intérêts sont en jeu : entre 1995 et 2000, il a été le patron de Halliburton, une entreprise de logistique spécialisée dans l’industrie pétrolière ; devenu vice-président, il fera en sorte de casser les efforts écologiques (limités) des années Carter et de favoriser les entreprises liés au pétrole. Après l’invasion de l’Irak, la valeur de l’action Halliburton (devenue aussi un important fournisseur de l’armée US), a augmenté de 500 % !

Malgré quelques longueurs, on ne s’ennuie pas dans ce film qui attaque avec mordant le système politique étatsunien et est servi par la remarquable interprétation de Christian Bale. Et surtout, ne quittez pas la salle quand commence le générique de fin… ce n’est pas fini. 

Henri Wilno

 

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