Un arbre en mai

De Jean-Christophe Bailly. Seuil, 72 pages, 10 euros. Jean-Christophe Bailly avait commencé en 2004 la rédaction d’un récit sur mai 68. Il l’a abandonné et publie aujourd’hui les pages alors écrites. 

Un arbre en mai, ce sont les souvenirs d’un étudiant de Nanterre qui voyage, aime, va au cinéma, a décidé d’être écrivain mais, qui dans le même temps, s’engage dans le soutien à la lutte du peuple vietnamien au sein du « Comité Vietnam national » largement animé par des militants de la JCR (Jeunesse communiste révolutionnaire). Il adhérera d’ailleurs à la JCR en mai 1968 et militera à la Ligue communiste jusqu’en 1972. Son témoignage, celui d’un jeune animé par le « romantisme ­révolutionnaire », n’est en rien un repentir.

« Un lac d’impatience qui ne pouvait que déborder »

Pour justifier son titre, Jean-Christophe Bailly rappelle les « arbres de la liberté » plantés durant la révolution française : « Nous avons planté un arbre de la liberté en mai ». « Mai 68, écrit-il, fut une convergence. C’est comme si des milliers de petites rigoles avaient abouti au même point, formant un lac d’impatience qui ne pouvait que déborder ». Les archaïsmes de la société française et du régime gaulliste révulsent une large partie de la jeunesse étudiante. À Nanterre, Bailly est aux premières loges du mouvement naissant. Il rappelle le débat au sein de la JCR sur le « mouvement du 22 mars », qui suscite quelque méfiance. Les barricades et les affrontements sont décrits tels que pouvaient les ressentir un participant « du rang » porté par une lame de fond.

Dans le livre qu’il n’a pas écrit, il aurait été question aussi de la grève générale et du militantisme au quotidien. Mais telles quelles, ces quelques pages constituent à la fois un témoignage et une forme de rappel à tous ceux qui font commerce de leur jeunesse et se réjouissent que mai 1968 n’ait pas débouché sur une révolution : « On ne pourra empêcher qu’un rêve ait été entrevu, qu’une porte ait été entrouverte qui ne donnait pas forcément sur des camps ou sur des foules marchant au pas en brandissant les portraits des chefs »

Henri Wilno

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