Tu dormiras quand tu seras mort

De François Muratet. Joelle Losfeld éditions. 253 pages, 18,50 euros.

On devait déjà à François Muratet plusieurs romans politico-policiers, dont Stoppez les machines1, consacré à la lutte pour que les 35 heures soient payées 40 heures, qui prenait comme protagonistes les ouvriers d’une usine, ce qui est assez rare dans le polar français. Cette fois, c’est à la guerre d’Algérie qu’il s’attaque. Un très jeune officier du renseignement militaire se voit confier une mission assez inhabituelle. Ses supérieurs lui demandent d’infiltrer, comme simple soldat, un commando de chasse dirigé par le sergent-chef arabe Guellab, dont ils se méfient.

Un thriller dans une guerre coloniale

Un officier a en effet été tué au cours d’une embuscade et la hiérarchie militaire s’interroge sur les circonstances de cette mort. Guellab ne jouerait-il pas double jeu ? Pourrait-il avoir passé des accords secrets avec des unités du FLN de la région ? La mission est d’autant plus délicate que ses hommes, qui sont pour une bonne part des FSNA (« Français de souche nord-africaine », dénomination attribuée aux Algériens incorporés dans l’armée française), sont en admiration devant leur chef.

Au travers de ce roman à la structure de thriller, François Muratet nous montre divers aspects de la guerre coloniale. Certains sont maintenant connus, comme les exactions commises par l’armée française et ses supplétifs : massacres, tortures, viols. D’autres moins, comme les agissements de bandes armées plus ou moins autonomes, officiellement ralliées à l’armée française, mais qui jouent leur propre partition entre les deux camps et dont les chefs se conduisent comme des petits seigneurs de guerre. Une situation bien différente de celle à laquelle s’attendait le jeune officier pétri de sentiments patriotiques. L’écriture très vivante et très fluide de Muratet facilite l’immersion dans cette guerre sanglante qui a marqué toute une génération, et laisse encore de profondes séquelles aujourd’hui.

Gérard Delteil

  • 1. Réédition en poche 2008 chez Babel noir.

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