Tous en grève ! Tous en rêve !

D’Alain Serres et Pef. Scénario d’Alain Serres, dessins de Pef, Rue du Monde, 2018, 14,50 euros.

La jeunesse oui , les ouvriers oui, et les enfants aussi ! Dans son excellente collection « Histoire d’histoire », l’éditeur de littérature de jeunesse Rue du Monde s’attaque à Mai 1968, anniversaire oblige. Et le résultat est comme souvent (toujours ?) une réussite.

Le récit commence le 1er Mai 1968, avant le début de la grande grève générale. Martin, âgé d’une dizaine d’années, accompagne son père cheminot à la grande manifestation et y découvre la combativité du monde du travail. À l’université, sa sœur Nina, étudiante à Bordeaux, fait le blocus de sa fac et plonge aussi de plain-pied dans l’action. Mais elle se heurte, comme d’autres dans l’ensemble du pays, à la ­violence de la répression policière.  

Petite et grande histoire

La mère de Martin est bien sûr solidaire du mouvement, mais s’inquiète de voir le budget de la famille s’appauvrir avec la grève. Et le regard des voisins de la famille, dont le meilleur copain de Martin, sont là pour rappeler que toute cette « agitation » ne rencontre pas l’assentiment de tous et toutes... Tous les « rêves » populaires pourront-ils se concrétiser ? Petite histoire dans la grande, si ce printemps est à proprement parler historique, Mai 1968 demeurera avant tout pour Martin un énorme bouleversement qui marquera sa vie d’enfant... 

En ancrant son histoire dans le quotidien d’une famille ouvrière, l’auteur nous montre bien toute la tension qui existe entre les revendications sociales du monde du travail, les aspirations au changement et à la liberté... et les difficultés pour une famille modeste de tenir la grève dans la durée. Comme le veut le concept de cette collection, des photographies d’époque légendées ponctuent le récit à quasiment toutes les pages et expliquent en quelques phrases les faits, donnant ainsi un éclairage événementiel au récit de Martin et de sa famille. Cerise sur le gâteau, habitué de l’éditeur, le trait de Pef apporte une fois encore tout son talent en s’appropriant des affiches de l’époque, à la manière des célèbres affiches sérigraphiées de 1968.

Le tout donne un travail remarquable, pour le plus grand plaisir des yeux et du cerveau, que l’on soit jeune... ou un peu moins.

Manu Bichindaritz

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