Toujours sandiniste, le Nicaragua ?

De Bernard Duterme CETRI-Couleur livres, 2017, 99 pages, 10 euros.

« Chrétien, socialiste et solidaire » : c’est ainsi que se définit le gouvernement de Daniel Ortega et du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) au Nicaragua.

Alors que les « progressismes » en Amérique du Sud sont en crise ou font face aux retours – parfois violents – des droites, le président Ortega a démontré qu’il restait très populaire et hégémonique sur le plan électoral, après 10 ans à la tête de ce petit pays centraméricain. 

« Néolibéralisme à visage humain »

Le sociologue belge et directeur du Centre Tricontinental (CETRI) Bernard Duterme pose, dans ce très (et trop) bref essai, la question qui fâche : que peut-il bien rester de l’engagement sandiniste de l’époque révolutionnaire (1979-1990) au regard de ce qu’est « l’ortéguisme » aujourd’hui ? L’ex-Commandante a vieilli et son parti aussi : il se dit désormais « ni de droite ni de gauche » ; favorable à une « alliance corporatiste gouvernement-patronat--syndicats », au traité de libre-échange avec les États-Unis et à des alliances improbables avec l’Église conservatrice et d’anciens contre-révolutionnaires… L’auteur donne aussi la parole à quelques intellectuels partisans de Ortega et montre la baisse de la pauvreté ou la construction d’infrastructures, mais surtout il souligne l’explosion du travail informel, le recul des droits des femmes et la pratique discrétionnaire du pouvoir : un « néolibéralisme à visage humain » pour le plus grand bénéfice des partisans et de la clientèle du pouvoir, selon les dissidentEs sandinistes et les militantEs anticapitalistes.

Franck Gaudichaud

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