Témoignage : Je vous écris de l’usine

Jean-Pierre Levaray, éditions Libertalia, 2016, 15 euros. 

De septembre 2005 à juillet 2015, Jean-Pierre Levaray, auteur entre autres de Putain d’usine, a livré tous les mois (sauf en août, les congés payés, ça se respecte !) sa chronique à CQFD. De ces cent et quelque fois deux pages et demie (parfois trois), il a fait un livre. Drôle de format sans doute, mais qui rend bien ce mélange de monotonie et le fait que finalement il se passe toujours quelque chose.

Jean-Pierre traque et rend compte de ces petits riens du quotidien, de l’émotion, de la peur quand l’accident surgit, avec le souvenir de la catastrophe d’AZF toujours présent, mais aussi des bons moments, en général ceux des conflits. Billet après billet, il témoigne de l’omniprésence de la menace (ou de l’attente selon l’âge des salariéEs) de la fermeture, qui ne s’est toujours pas produite !

Et quand il ne se passe rien de spécial, comprendre ni grève, ni coup fourré de la direction, ni accident, il dresse des portraits, au vitriol pour l’encadrement, mais le plus souvent ceux de ses collègues dépeints avec une certaine tendresse. On a ainsi toute une galerie savoureuse qui redonne de l’individualité, de l’épaisseur, de la vie à ceux et celles (plus rares) qu’on appelle les prolotEs.

L’auteur écrit DE l’usine, comme on dit d’où on parle, il écrit en ouvrier de l’industrie chimique, en syndicaliste, mais il ne parle pas QUE de l’usine. Il fait vivre tout un monde trop rarement représenté, il peint l’ambiance, le réfectoire, l’activité syndicale, la lassitude et l’usure, les maladies professionnelles, leurs souffrances et leurs morts, la colère et les petits plaisirs. Absence notable, il ne parle pas du travail, en tout cas pas des gestes, des tâches... « Le travail c’est le chagrin, y’a pas à dire ». Alors Je vous écris de l’usine n’est pas un livre sur le travail !

Christine Poupin

 

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