Tel Aviv on Fire

Film luxembourgeois, français, israélien, belge de Sameh Zoabi (réalisateur palestinien), 1 h 37 min, sorti le 3 avril 2019. 

Sameh Zoabi est un des représentants du cinéma palestinien en Israël. Dans Tel Aviv on Fire, il a choisi de traiter sous forme de comédie la situation des PalestinienEs, en utilisant tous les mécanismes du comique d’exagération et, de fait, on rit souvent. Il justifie un choix qui pourrait être contesté avec une citation de Charlie Chaplin : « Pour rire vraiment, vous devez être capable de prendre votre douleur et de jouer avec ». Et sa douleur, c’est l’occupation israélienne.

Derrière le comique, l’occupation

Le personnage principal, Salam, un jeune Palestinien, a enfin obtenu un travail comme assistant sur le tournage d’une série sentimentalo-politique pour une télé palestinienne de Ramallah. Le metteur en scène, son oncle Bassam, a combattu les Israéliens en 1967, et ressasse son amertume des accords d’Oslo qui n’ont rien changé. La série doit être à la fois correcte politiquement (d’un point de vue palestinien) et dégouliner de sentimentalité amoureuse pour assurer son audience.

Si Bassam a embauché son neveu, c’est que celui-ci, vivant à Jérusalem, parle un meilleur hébreu que les habitants de Ramallah : c’est indispensable pour rendre plus réalistes les personnages israéliens du feuilleton. En effet, le scénario abracadabrant repose sur une belle héroïne palestinienne envoyée en mai 1967 par son amoureux responsable de services secrets palestiniens pour infiltrer l’état-major israélien et mettre la main sur les plans d’offensive militaire. Le feuilleton, qui panache donc amour et politique, fait un tabac tant chez les PalestinienEs que chez les téléspectateurs israéliens, surtout les téléspectatrices. Au fil des péripéties, Salam prend en main le scénario mais est soumis aux pressions de Assi, l’officier israélien responsable du checkpoint par lequel il doit passer tous les jours pour aller de Jérusalem à Ramallah. Assi veut imposer une fin qui rehaussera sa cote auprès de sa femme, qui suit assidument le feuilleton.

On sourit ou on rit devant des situations et rebondissements invraisemblables mais, en fait, dans ce contexte comique, s’infiltre la réalité de l’occupation : Salam est privé arbitrairement de son laisser-passer, il est enlevé par des flics israéliens cagoulés... Il finit certes par s’en tirer.

Trop de comique pour un sujet ­tragique ? Vieux débat…

Henri Wilno  

 

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