Si Beale Street pouvait parler

Film étatsunien de Barry Jenkins, 1 h 41, sorti le 30 janvier 2019. 

En 2017, Barry Jenkins nous avait offert un magnifique second film : Moonlight. Il confirme aujourd’hui son talent avec cette très belle adaptation du roman que James Baldwin a écrit en France en 1974. Comme son aîné, B. Jenkins s’engage, et là, pas de demi-mesure : à fond du côté de la vie, de l’amour. Avec ses armes à lui et le choix d’un genre pleinement assumé : le mélodrame.

« Aux USA, à chaque ville sa Beale Street... »

Si la Beale Street de Baldwin existe réellement à La Nouvelle-Orléans, Tish et Fonny, les personnages principaux du film, sont des enfants de New York. Ils sont encore très jeunes en ce début des seventies, mais leur amour a déjà une longue histoire… Le film raconte l’évidence de ce qui les unit, ces liens si forts, si simples au moment de leur entrée dans la vie adulte. Jenkins place la barre très haut pour nous donner à voir la beauté de ces deux-là : les portraits en gros plan sont rayonnants, lumières et couleurs dégagent une tendresse, une douceur rares, la musique (Nicholas Britell) renforce par sa soul magique leur confiance réciproque. Jenkins, comme Baldwin  il y a cinquante ans, célèbre la sensualité, les corps. La sexualité n’est plus séparée…

« Relève la tête, Tish ! »

Pourtant, leur histoire n’est pas hors-sol, elle est précisément située. Le destin de cet amour s’inscrit aussi dans celui des Afro-Américains. Il devra s’épanouir dans l’adversité du racisme fondamental de cette société, celui de la police et de la justice au premier rang, et s’affirmer de haute lutte contre l’aliénation provoquée chez beaucoup par l’injonction à l’intégration, à un point tel que c’en est un véritable ravage chez la mère de Fonny. C’est dans la famille de Tish que le couple va puiser sa force, une famille havre d’affection inconditionnelle et de bonne humeur. Une réserve de combativité intransigeante aussi… 

Un enfant va naître. Bien des épreuves se présenteront à lui, c’est sûr. Mais nous pouvons être sereins. Il semble que ceux qui l’entourent ont fait leur cette « note » de René Char : « Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la Beauté. Toute la place est pour la Beauté ».

Fernand Beckrich

 

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