Santiago, Italia

Documentaire italien de Nanni Moretti, 1h20, sorti le 27 février.

À travers ce film, Moretti veut parler du Chili de l’Unité populaire anéanti par le coup d’État militaire de septembre 1973, mais aussi de l’évolution de son propre pays, l’Italie. Ceci à travers des images d’archive et les témoignages de ChilienEs, témoins et acteurEs de l’époque, qui s’expriment en espagnol et en italien, pour ceux qui ont pu se réfugier en Italie.

De l’enthousiasme à l’exil

Le documentaire souligne d’abord l’enthousiasme suscité par l’«Unité populaire » et l’élection de Salvador Allende, mais aussi les complots immédiats des États-Unis en liaison avec la droite chilienne. L’objet du film n’est certes pas de montrer les divergences d’orientation au sein de la gauche chilienne, néanmoins un des interviewéEs souligne l’opposition entre les modérés et ceux dont le mot d’ordre était « Avanzar sin tranzar » (avancer sans transiger). 

Ensuite vient le coup d’État du 11 septembre 1973, les bombardements du palais présidentiel, la mort de Salvador Allende (sans doute le dernier des dirigeants réformistes ayant réellement cru à la possibilité de changer la société sans affrontement violent et prêt à sacrifier sa vie), la chasse aux militantEs de gauche, la répression et la torture. Racontant ses quarante-cinq jours de torture dans la sinistre villa Grimaldi, une femme se souvient avoir conseillé à une détenue de ne pas parler.

Certaines images d’archive sont connues, les témoignages, de personnalités (comme Carmen Castillo) et de militantEs, viennent en renforcer l’impact. Beaucoup ont réussi à quitter le Chili après le coup d’État militaire, grâce à l’aide apportée par l’ambassade d’Italie. L’ambassadeur, à ce moment, était en Italie. Deux jeunes diplomates ont, de leur propre initiative, accueilli les centaines de fugitifs qui avaient sauté le mur de la représentation italienne.

Il s’agit aussi pour Moretti d’opposer l’Italie de l’époque, qui a su accueillir ces réfugiéEs, et celle d’aujourd’hui où les solidarités collectives ont largement disparu et dont les gouvernants n’ont rien à faire de ceux qui se noient en Méditerranée. L’image de l’Italie des années 1970 est, certes, idéalisée. Mais ce film, malgré ses limites (qui sont celles de l’orientation politique de Moretti), constitue un document utile et plein d’émotion.

Henri Wilno

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