Samouni Road

De Stefano Savona. Documentaire franco-italien, 2h08, sorti le 7 novembre 2018. 

Le 27 décembre 2008, l’armée israélienne lance une offensive d’une rare violence contre la bande de Gaza. C’est l’opération « Plomb durci ». Elle va durer jusqu’au 18 janvier 2009, et s’est soldée par la mort de 1 300 PalestinienEs tués et la destruction de quartiers entiers. 

Des vivants et des morts

La famille Samouni a été particulièrement touchée. Elle s’était regroupée dans une maison en espérant laisser passer l’offensive. 29 de ses membres ont été tués, et les bâtiments, les champs, les arbres ont été complètement dévastés. Stefano Savona, à la suite de ce drame, filme pendant plusieurs mois ce qui reste de la famille. 

Il ne veut pas en rester aux événements stricts, qui ont mobilisé la presse internationale pendant quelques jours. Il reconstruit, dans son documentaire, les histoires de chacun des membres, vivants ou disparus, de la famille, pour aller au-delà du sensationnel effroyable. Le réalisateur a choisi une forme originale pour restituer la vie avant l’offensive qu’il n’a pas filmée, tout en restant dans la véracité du documentaire. Il s’est associé avec Simone Massi, illustrateur italien, qui réalise des plans séquence d’animation à partir de cartes noires qu’il grave pour faire ressortir le blanc. Il les réalise à la main, à raison de 5 par semaine pour un ensemble de plusieurs milliers de gravures, conçues à partir du témoignage des vivants et du travail d’enquête réalisé. Stefano Savona complète la retranscription fidèle des évènements par une représentation 3D de la vision des drones de la maison des Samouni, du déplacement des silhouettes humaines, du bombardement fatal.

L’ensemble est une œuvre splendide, qui a une très grande force de dénonciation. Bien que primé à Cannes de l’Œil d’or du meilleur documentaire 2018, il est distribué dans très peu de salles. Raison de plus pour ne pas le rater.

Jean-Marc Bourquin

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