Roman : Le Fils

De Jo Nesbo. Folio Policier, 617 pages, 8,90 euros. 

Jo Nesbo, surtout connu pour des thriller magistraux mettant en scène l’inspecteur Harry Hole (le Bonhomme de neige, le Léopard...), a écrit avec le Fils un « one-shot » terriblement sombre.

Sonny Lofthus (30 ans) a passé presque la moitié de sa vie dans la prison exemplaire de Staten pour des crimes monstrueux qu’il n’a pas commis mais endossés, en échange de doses d’héroïne fournies par un prêtre ou des gardiens véreux. 

Une vengeance

Fils sportif et prometteur d’un grand flic norvégien, Sonny est tombé dans la drogue après le suicide de son père, corrompu et « taupe » de la mafia norvégienne. Gueule d’ange et cheveux longs, Sonny a un comportement mystique qui attire les confessions des autres détenus. Quand, un jour, un des prisonniers de Staten, atteint d’un cancer incurable, lui révèle que son père n’était pas le flic pourri qu’il avait cru et que son suicide n’en était pas un, Sonny décide de le venger en retrouvant la vraie taupe et tous les commanditaires. Il lui faudra, pour accomplir sa mission vengeresse, sortir de l’enfer de la drogue puis de la prison modèle. 

Quelques heures avant l’évasion de Sonny, le prêtre de la prison est retrouvé mort dans les eaux d’une rivière. Simon Kefas, un policier de la criminelle et Kari, une jeune stagiaire, sont chargés de l’enquête qui les conduira à la prison de Staten quelques heures après l’évasion de Sonny. Kefas est un ancien collègue du père de Sonny, il a ensuite été viré de la brigade financière pour son addiction au jeu et son acharnement dans les dossiers de corruption. De retour à la criminelle et à quelques années de la retraite, il va devoir revisiter son passé sur les traces de Sonny qui se transforme en lutteur implacable, en ange exterminateur de la corruption locale. Au fil de l’intrigue, nous découvrons une Oslo ravagée par la corruption financière, immobilière, le trafic de drogue et la prostitution. Chaque vengeance meurtrière de Sonny met le policier Kefas sur la piste de criminels redoutables, tandis que le directeur de la police ne semble pas très motivé pour approfondir les enquêtes et déclencher des opérations pour arrêter les trafics. 

Portraits psychologiques

Plus Sonny avance dans son enquête et plus la rédemption semble proche, mais le théâtre est plus truqué qu’imaginé. La mafia resserre son étau sur Sonny et Kefas. Le règlement de comptes final se tiendra dans une église catholique qui aura vu se succéder bien des personnages du roman. 

Une grande partie de la réussite de Nesbo réside dans le portrait psychologique des protagonistes, héros, victimes ou coupables. Sonny, serial killer malgré lui qui trouvera une complice dans la directrice d’un asile pour drogués, les policiers Kefas et Kari, les taulards, les SDF, un chauffeur de taxi en quête lui aussi de rédemption, l’implacable chef des dealers et le monstrueux « le Jumeau » qui règne sur la mafia norvégienne. Les scènes, trash ou pas trash, décrivent en détails la criminalité moderne, qu’elle soit financière, liée à la drogue ou au sexe. Quelques étincelles de tendresse et d’humanité ont bien du mal à se frayer un chemin et la rédemption finale ne viendra évidemment pas de là où elle était attendue.

Quand vous ouvrirez ce livre, prévoyez une bonne plage de temps et si vous êtes dans un train : attention à ne pas rater votre gare !

Sylvain Chardon 

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