Petrograd Rouge, la Révolution dans les usines (1917-1918)

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Culture
idées

De Stephen A. Smith. Ce livre est un récit sur comment les ouvriers ont tenté « de prendre le contrôle de leurs vies laborieuses » dans la capitale avec la création de comités d’usine.

L’auteur montre qu’il s’agit d’une classe ouvrière fraîchement venue des campagnes, peu corporatiste. Plongée au début du siècle, dans de grandes usines modernes d’État ou privées, cette clase ouvrière nombreuse, concentrée, jeune, féminisée, s’est retrouvée opprimée sous le joug tsariste.

Sa révolte, avec celle des soldats et des paysans, sera la vapeur de la révolution. Bien plus éduquée que la paysannerie, elle se politisera avec les partis socialistes et au contact des plus radicaux d’entre eux, les Bolchéviks, au fur et à mesure que s’aggrave la guerre et que les socialistes au pouvoir tergiversent.

Les comités d’usine sont nés en février dans l’industrie de guerre, puis se sont étendus aux autres secteurs. Au début, ils cherchaient juste à faire tourner les usines, même pour l’effort de guerre.

Mais sous l’influence des Bolchéviks, les ouvriers sont entrés en confrontation avec les patrons, d’où le développement du contrôle ouvrier, d’abord dans le cadre de la gestion capitaliste, en ouvrant les livres de comptes, en trouvant et organisant le travail, en empêchant les licenciements, l’absentéisme, puis à la place des patrons, quand ils se sont enfuis en sabotant les usines. Ce seront des ouvriers très peu qualifié qui, en se battant pour leur survie, vont prendre en main les usines jusqu’à s’emparer du pouvoir.

Mais l’isolement de la révolution, les masses d’ouvriers obligés de partir survivre à la campagne ou volontaires dans l’Armée rouge (Petrograd a perdu les 2/3 de sa population à la fin de la guerre) a vidé les comités d’usine de leur substance démocratique et subversive. Ce sont des syndicats bientôt bureaucratisés qui prendront leur place.

Un ouvrage fourmillant de faits, qui illustre l’immense capacité d’organisation révolutionnaire de la classe ouvrière.

Mónica, Anticapitalistes ! NPA33, n°76

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