Océanie

Musée du Quai Branly (Paris). Du 12 mars au 7 juillet 2019, de 11h à 19h, fermeture le lundi sauf pendant les vacances scolaires.

En Océanie, l’eau a toujours plus relié les peuples qu’elle ne les a séparés. Les échanges entre îles et l’exploitation des ressources propres à chaque archipel expliquent la continuité et la variété des arts du Pacifique. Ces traditions millénaires sont aujourd’hui menacées par le réchauffement climatique et la montée des eaux. Cette exposition constitue donc aussi un acte militant pour la planète.

Plus de 200 œuvres anciennes et contemporaines

Vingt-cinq mille îles constituent l’Océanie. Elles ont toutes été peuplées à partir de l’ère glaciaire, quand le niveau de la mer était bas, principalement par des peuples de langues austronésiennes. Ceux-ci voyageaient en pirogue1 à la conquête du Pacifique et, un peu avant 1300 de notre ère, toutes les îles avaient été atteintes, de la Nouvelle-Guinée à l’île de Pâques, d’Hawaï à la Nouvelle-Zélande. La conquête occidentale ne commencera qu’à la fin du 18e siècle, avec les « découvertes » de James Cook. Si chaque archipel ou atoll a su conserver sa spécificité, les thématiques culturelles sont communes. Les 200 œuvres anciennes et contemporaines réunies pour l’exposition témoignent d’une riche culture, marquée par les échanges entre peuples de l’Océanie, puis bousculée par la colonisation et l’évangélisation.

L’art océanien a directement influencé Picasso

Au cours du siècle précédent, les historiens de l’art, les anthro­pologues et artistes ont accordé une grande importance à l’hybridation des arts océaniens. Picasso lui-même se fit couler des reproductions en bronze de statues des grands ancêtres, pour en nourrir ses tableaux et sculptures de « nouvelles » formes artistiques. Il faut dire qu’à l’époque la légende d’une civilisation engloutie par le Pacifique (Mû) avait des partisans. 

Ce qui est certain, c’est qu’au musée Branly on restera scotché devant les statues Tino Altu (figure de divinité) et en particulier devant Ko Kawe, divinité « masculine » au sexe difficile à déterminer. Si les artistes occidentaux ont été influencés par l’art d’Océanie, les peuples de cette région ont dû, contraints et forcés, ingurgiter le christianisme.

Des arts cérémoniels qui mobilisent plusieurs sens

La vie des sociétés d’Océanie est ponctuée d’événements cérémoniels qui peuvent s’étaler sur de très longues périodes (de quelques mois à plusieurs années). Véritables expériences esthétiques et sensorielles qui mobilisent la vue (matières, reflets, couleurs), l’audition (percussions, bruissements) et l’odorat (huile de coco parfumées, feuilles). Un grand mur audiovisuel permet aux visiteurs de mieux appréhender cette civilisation en grand danger.

Appel de la grande poétesse des îles Marshall

À la sortie de l’exposition, il faut écouter en entier Dites leur, le long poème de Kathy Jetnil-­Kijner, originaire des îles Marshall. Elle s’adresse aux grandes nations industrialisées dont le mode de vie détruit sa civilisation par le biais du réchauffement climatique. Extrait : 

Et après tout ça

Parlez-leur de l’eau

Comme nous l’avons vu monter

Inonder nos cimetières

Jaillir au-dessus des digues

Et s’écraser sur nos maisons 

Dites-leur ce que ça fait

De voir l’océan entier au niveau de la terre

Dites-leur que

Nous avons peur

[…]

Nous aussi.

Sylvain Chardon

  • 1. Des pirogues d’exploration, de conquête ou de pêche sont exposées.

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