Musique : « Abuc »

De Roberto Fonseca Impulse, 2016, 11 euros. 

Avec Abuc (Cuba), Roberto Fonseca offre un concentré de musique cubaine d’hier et d’aujourd’hui bourré d’énergie et stimulé par la modernité. Abuc est son huitième album chez Impulse.Véritable kaléidoscope de couleurs dansantes, l’album relate la riche histoire de la musique cubaine. Les époques se télescopent, les rythmes éclaboussent de couleurs tropicales.

Roberto Fonseca est devenu, en peu d’années, une « star ». Acclamé en 2005 à Marciac lors de son passage avec Ibrahim Ferrer, membre fondateur du légendaire Buena Vista Social Club, peu de temps avant la disparition de ce dernier. Roberto avait aussi accompagné le Buena Vista Social Club en remplacement de Ruben Gonzalez. Pourtant, Fonseca représente beaucoup plus que la musique traditionnelle cubaine, il représente surtout son avant-garde jazzistique. Comme il le raconte (en espagnol) dans le disque, il est né dans une famille très modeste mais a pu recevoir la meilleure formation musicale (Havana’s Superior Institut of Art) sans que ces parents ne déboursent un peso. C’était – et c’est encore (?) – cela Cuba (Abuc). Son maître fut d’ailleurs une femme qui lui apprit le piano en alliant la délicatesse du toucher à un jeu puissant, avant que Roberto ne s’ouvre à toutes les écoles africaines, américaines et brésiliennes.

Abuc permet au musicien de renouer avec le vintage, le son imparfait des micros qui crachotent pour virer immédiatement dans la modernité. Les morceaux (14 au total) alternent contradanza, mambo, cha-cha-cha, danzon, boléro teintés de sons et d’ambiances contemporaines ou avant-gardistes. Tumbao de la Unitad permet d’entendre une guajira où les sonorités de la voix et de guitare électrique de Eliades Ochoa se mêlent à l’électro et aux percussions du Brésilien Zé Luis Nascimento. Les musiciens y appellent à l’amour, à la paix et à l’unité dans le monde. Contradanza Del Espiritu débute très lentement avant que la masse orchestrale de cuivres et percussions rejoignent le piano. Tierrra Santa accentue l’aspect classique de l’album tandis que Afro Mambo excite tous les sens avec un piano magique stimulé par les voix, percussions et cuivres de la formation qui accompagne l’artiste. Le grand trompettiste Manuel Guajiro Mirabal apporte sa touche nostalgique au titre Despues. L’album se termine comme il s’ouvre par une reprise du Cubano Chant de Ray Bryant (version orchestrale et piano solo pour conclure).

Au côté du pianiste, les intervenants sont nombreux : outre la chanteuse Daymé Arocena et le chanteur prodige Carlos Calunga, on retrouve Rafael Lay, Roberto Espinosa Rodriguez, les chanteurs de l’Orquesta Aragon et bien d’autres.

Abuc est un album qui n’est pas près de quitter vos platines et vous incitera, en plus, à découvrir les autres albums du maître.

Sylvain Chardon

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