Monrovia, Indiana

Documentaire étatsunien de Frederick Wiseman, 2 h 24, sorti le 24 avril 2019. 

Ce documentaire est l’aboutissement d’une œuvre magistrale débutée en 1967 avec Titicut Folies, mais surtout avec High School (1968) où Frederick Wiseman ausculte une école pour la classe moyenne blanche de Philadelphie. 

Univers formaté et plat

Le travail de Frederick Wiseman s’est, pour l’essentiel, concentré sur l’Amérique, dont il explore les diverses facettes avec un regard critique permanent, mettant en lumière le décalage entre les discours, le mythe, et la réalité faite de violence, de formatage des consciences, d’idéologie raciste et discriminatoire, d’exclusion. Pas étonnant que ses productions aient eu à subir de multiples formes de censure, interdiction à la diffusion, procès, etc. 

Il y a un style Wiseman, une photo très soignée, une caméra plantée proche de ses sujets, des mouvements lents, pas de voix off, pas de sous-titrage. Un gros travail de montage de plusieurs mois suit la réalisation du film. Le spectateur doit commencer par apprendre où il se trouve, à comprendre la problématique du documentaire, en regardant, en écoutant ce qui se dit (ou ne se dit pas) sur l’écran.

Cette fois-ci, Wiseman s’est installé dans une petite ville de l’Indiana, Monrovia, 1 400 habitantEs, à une demi-heure d’Indianapolis. Une population blanche à 94 % qui vote républicain depuis toujours, et dont l’activité principale se partage entre la production de céréales et la religion. C’est saisissant de conformisme, de soumission, de dérisoire. On cherche en vain une étincelle de révolte dans cet univers formaté et plat. La séquence du mariage est probablement celle qui donne le plus le sentiment de vertige face à l’aliénation. Un petit bémol : c’est une prouesse technique de montrer le vide pendant près de 2 h 30, mais il y a un risque de décrochage pour les spectateurEs. 

JMB

 

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