Mala Vida et Guérilla Social Club

De Marc Fernandez. Éditions le Livre de poche, collection « Préludes », 283 pages (7 euros) et 280 pages (7 euros). 

L'Espagne et l’Amérique latine de nos jours. Les vieux démons du passé ne passent toujours pas. Dans l’Espagne du Parti populaire (renommé AMP dans les romans), le franquisme relève la tête, tandis qu’en Amérique latine, des nostalgiques de l’Opération Condor au Chili, financés par le narcotrafic, fourbissent leurs armes en vue d’une revanche éclatante.

Pour écrire de bons thrillers, Marc Fernandez a su trouver les bons ingrédients en plongeant dans une histoire qui nous est chère et qui revient comme un boomerang après les élections brésiliennes. Mais lorsque l’on s’approche d’un foyer toujours brûlant, il faut trouver les histoires et les personnages crédibles qui peuvent aller avec : c’est ce qu’a fait Marc Fernandez avec le journaliste Diego Martin plus ou moins placardisé par la radio publique espagnole, le juge intègre David Ponce en délicatesse avec sa hiérarchie, la détective Anna Duran réfugiée transsexuelle argentine, l’avocate Isabel Ferrer, française fille de réfugiéEs espagnols et réinstallée à Madrid, ou encore Carlos Bravo ex-guérillero chilien devenu patron de bar.

Mala Vida

Le premier opus a pour cadre une Espagne gangrénée par la corruption et les nostalgiques d’un État fort où éclatent un scandale et des révélations sur des enfants volés sous la période fasciste. Au même moment, il y a une série de meurtres touchant des militantEs franquistes survivants ou leurs héritierEs. ChacunE des acteurEs va devoir jouer au plus fin pour démêler l’imbroglio sanglant de l’affaire avec un pouvoir politique hostile. Le juge y perdra son poste, l’avocate française devra quitter précipitamment l’Espagne, Diego s’accrocher à son micro pour pouvoir garder son boulot et Anna faire jouer ses relations avec quelques flics intègres encore en poste. Seul le mouvement de colère des masses permettra à la justice de faire son travail et conduira à l’arrestation d’une centaine de militants franquistes camouflés en « Chevalier du Christ ». Pour combien de temps ?

Guérilla social Club 

Les protagonistes des romans de Fernandez sont directement menacés par une série d’assassinats perpétrés en France, en Espagne, au Chili et en Argentine. Toutes les victimes sont des anciens guérilleros qui ont lutté contre les dictatures du cône sud de l’Amérique latine et échappé, par miracle, à l’opération Condor mise en place par les dictateurs de la zone avec la complicité active de la CIA, mais aussi d’une fraction des services français dans les années 1980. 

Mais pourquoi cette vengeance 35 ans plus tard, avec quel objectif et qui peut financer des opérations dignes d’un service secret d’une grande puissance ? Les recherches coordonnées des journalistes en liaison avec Diego et Anna, notamment au Chili, au Mexique et en Argentine où l’avocate Isabel Ferrer s’est mise au service des mères de la Place de Mai à Buenos Aires, vont permettre de trouver des indices puis la piste. Un peu trop tard cependant pour éviter des attentats au Chili et en Argentine, et des morts parmi les proches de Diego.

Pas de rebondissement final ou de suspense insoutenable dans ces deux thrillers qui flirtent au plus près avec une réalité politique que l’auteur connaît bien en tant qu’ancien journaliste de Courrier International. Les dégâts, parfois mortels, dans la vie de ces militantEs presque « ordinaires » sont suffisants pour nous tenir en haleine et c’est peut-être ce qui fait la force de ces deux romans.

Sylvain Chardon

PS : un troisième roman de Fernandez, Bandidos, vient de paraitre, plus axé sur les fantômes de la dictature argentine.

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