À lire : Les Yeux fardés, de Lluis Llach

Traduit du catalan par Serge Mestre, édition Actes sud/Babel, 380 pages, 8,90 euros.

Dans les milieux militants et plus largement, Lluis Llach est surtout connu pour ses musiques et poèmes, et particulièrement par son hymne antifranquiste et antifasciste, l’Estaca. Cette ode vibrante, que l’on entend encore aujourd’hui dans les manifestations catalanes pour le droit à l’autodétermination et la libération de prisonniers politiques, accompagna pendant des années les meetings, regroupements et réunions de bien des antifranquistes et internationalistes de Catalogne, de l’État espagnol, de France et d’ailleurs.

Plongée dans la petite Barceloneta

Comment alors, avec l’Estaca au bord des lèvres, ne pas découvrir avec délice ce premier roman de Lluis Llach, les Yeux fardés, paru en en France en 2015 (en poche en 2017), dédié à la Barcelone des années 1920 jusqu’à la révolution espagnole puis à la chape de plomb morbide et assassine du régime franquiste.

Grâce à ses « héros » Germinal et David, mais aussi Joanna et Mireïa et leurs parents, personnages anonymes de la petite Barceloneta, quartier du port, l’auteur va nous conduire par le récit rapporté par Germinal, au milieu de toutes ces années de travail, de pauvreté, de joie, d’amitié et d’amour entre Germinal et David, jusqu’à la guerre contre le coup d’État des factieux, les espoirs de victoire puis la défaite terrible et ses traumatismes indélébiles.
Avec tendresse et humour, on va pénétrer dans la vie du petit peuple de la Barcenoleta, rencontrer ces ouvriers anarchistes, ces mères couturières mais aussi rencontrer l’éveil à la sexualité de ces adolescentes et adolescents et à l’amour « indestructible » entre ces deux « amis aimés », Germinal et David.

La vie pleine et entière

Ce roman, sans prétention historique mais collé à la véracité des faits, fourmille d’anecdotes sur le quotidien, la place de l’école et de l’éducation, la lutte et la dignité mais aussi l’insouciance et l’impertinence de ces filles et garçons dont les mots et les corps vont s’entrelacer et s’aimer tout au long de ces pages, avec ferveur et luminosité.

Tout au long du récit captivant, rapporté sous forme d’enregistrement, nous sommes tenus en haleine par les petits moments de vie parfois ludiques, souvent cruels et les grands comme la défaite (malheureusement trop courte) des fascistes à Barcelone, les journées de mai 1937, la bataille de l’Ebre ou encore... les exactions et massacres perpétrés par les franquistes.

Germinal, qui a 87 ans, quand il rencontre le réalisateur Lluis qui veut faire de cette histoire un film, va poursuivre sa narration en expliquant son retour vers l’ami aimé, et la fin d’une vie qui ira jusqu’au bout de son engagement et de son immense passion amoureuse.

Ce roman de Lluis Llach est une révélation qui ne peut que faire frissonner celle ou celui qui est attachéE aux luttes pour la liberté et l’émancipation du genre humain, à la tendresse et malgré la noirceur fasciste, à la vie pleine et entière.

Tomas Delmonte

 

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