À lire : L’Entraide, l’autre loi de la jungle, de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle

Éditions les Liens qui libèrent, 384 pages, 8,90 euros.

Àl’heure où les « premiers de cordée » voudraient ériger la compétition, la loi du plus fort, comme des lois naturelles, les auteurs prennent le contrepied de ces idées en vogue : « La science a rassemblé assez d’arguments pour pouvoir dire ce qui aurait toujours dû rester une consternante banalité : l’entraide est un fait omniprésent dans le monde vivant. C’en est même l’un des grands principes. Il n’y a là aucune énigme ».

« Nous sommes l’entraide incarnée »

Le travail de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle est passionnant quand, se plaçant dans la continuité de Darwin, mais aussi du libertaire Kropotkine, ils font un rapide inventaire des différentes formes que prend l’entraide, des bactéries aux forêts, jusqu’aux êtres humains. « Tous les êtres vivants sont impliqués dans des relations d’entraide. Tous. L’entraide n’est pas un simple fait divers, c’est un principe du vivant. C’est même un mécanisme de l’évolution du vivant : les organismes qui sont les plus forts, ce sont ceux qui arrivent à coopérer ».

La forme ultime que prend l’entraide est la symbiose, dans laquelle deux organismes fusionnent pour former un nouvel être. Ce phénomène, très répandu, est à l’origine des premières cellules comme de la plupart des nouvelles formes de vie qui ont émergé au cours de l’évolution. « Le cœur de l’innovation se trouve précisément là, dans ce déclic par lequel l’ego s’efface totalement au profit de quelque chose de nouveau, d’émergent et de supérieur », ce qui n’est possible que grâce à la capacité d’« oser se laisser transformer au contact de l’autre pour rester vivants, ensemble »… tout un programme !

En tant qu’être humain, notre histoire biologique et culturelle a fait de nous des êtres « ultra-sociaux »… « Nous sommes l’entraide incarnée », résument Pablo Servigne et Gauthier Chapelle.

L’idée est stimulante, même si les auteurs n’expliquent la persistance de la concurrence et de l’individualisme que par la puissance d’un « imaginaire collectif », sans aborder du tout l’existence bien réelle de la domination des classes exploiteuses… Ils en restent, et c’est la limite du livre, à l’idée de déconstruire « les récits dominants » pour leur opposer une nouvelle idéologie de l’entraide... Alors qu’en réalité cette entraide, cette solidarité qui existent déjà dans le travail socialisé ne pourront se développer qu’avec les luttes collectives des exploitéEs, de touTEs les oppriméEs…

Bruno Bajou

 

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