À lire : Le Chant noir des baleines, de Nicolas Michel

Éditions les talents hauts, 288 pages, 16 euros.

C’est un roman classé dans la catégorie « ado ». Mais rien n’interdit aux adultes de le lire. C’est même conseillé. En effet, ce livre parle d’une histoire oubliée, celle d’un paquebot nommé l’Afrique qui a sombré au large de l’estuaire de la Gironde, il y a tout juste un siècle, en janvier 1920. Près de 600 personnes sont mortes noyées, dont environ 150 tirailleurs sénégalais qui devaient enfin rentrer chez eux. C’est à ce jour la plus grosse catastrophe maritime française qu’il fallait, pour l’auteur, absolument rappeler pour « réparer l’oubli à l’heure où la Méditerranée engloutit chaque jour des dizaines de migrants ».

Tirailleurs sénégalais

Un gamin de 11 ans vit seul avec sa mère sur l’île de Ré, à côté du phare des Baleines, son père n’est jamais revenu de la guerre. Il ne va pas à l’école, et il occupe ses journées en pêchant sur la plage pour améliorer le quotidien d’une vie pauvre. Un jour, il découvre un naufragé, un noir, couché et inconscient, il n’est pas mort. Alors, avec sa mère, ils vont le sauver, le soigner, le protéger.

À partir de la vie de ce petit garçon et de sa mère, voilà qu’on découvre celle de cette personne noire, soldat sénégalais. Il va raconter à ses sauveurs, il va nous raconter, comment il s’est retrouvé en France, embarqué de force par l’armée française, par les colons venus chercher des jeunes dans les villages, chez des peuples qui ne connaissent rien à la France, rien à ce qui se passait en Europe.

Ces jeunes, des bergers comme lui, arrachés de leur vie, de leurs familles, partent en bateau, arrivent à Bordeaux, puis sont dirigés vers l’est, sur le front de guerre, pour vivre les horreurs de la guerre des tranchées. Le soldat décrit ce qu’il découvre, ce qu’il comprend peu à peu. C’est terrible bien sûr. On retrouve évidemment ce qu’a écrit David Diop dans son roman Frères d’âme (à lire aussi) sur ces ­tirailleurs sénégalais.

Les scènes nous montrent le racisme, le colonialisme et tout simplement la barbarie d’une guerre où ce sont des opprimés qui s’entretuent. Et on découvre aussi qu’en janvier 1920, plus d’un an après la fin de la guerre, ces tirailleurs sénégalais ne sont pas encore rentrés chez eux. 

Nicolas Michel, journaliste à Jeune Afrique, nous raconte cette histoire avec beaucoup d’humanité, c’est émouvant. On s’attache au gamin, à sa mère, au soldat, tous victimes de la guerre et on a du mal à les quitter, se demandant comment ils ont vécu la suite. C’est un beau roman qui s’appuie sur tout ce qui est connu de l’histoire du naufrage.

Philippe Poutou

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