À lire : La Transparence du temps, de Leonardo Padura

Éditions Métailié, 448 pages, 23 euros. 

Après l’Homme qui aimait les chiens ou Hérétiques, il est sûr que l’attente est grande quand on ouvre le nouvel ouvrage de Padura. Mais celui-ci ne cesse de nous étonner agréablement, les deux pieds toujours bien ancrés en terre cubaine tandis que sa plume et son imaginaire ne cessent de voyager au travers des temps...

Interrogations sur le passé, le présent et l’avenir de Cuba

La Transparence du temps, le petit nouveau, renoue avec l’histoire et la vie de Mario Conde, cet ancien flic qui fut au centre de bien des romans de l’écrivain. Et nous revoici avec son chien Basura 2, ses companeros Carlos, Yoyi, el Conejo, sa companera Tamara et son angoisse des 60 ans qui arrivent dans quelques jours dans ce Cuba qu’il narre, toujours sans complaisance mais avec attachement et de multiples clins d’œil.

Ces retrouvailles, souvent savoureuses, au goût de rhum, entre les réflexions existentielles et suggestives de Mario Conde, son besoin de retrouver les siens, celles et ceux encore là et les autres partis ailleurs, semblaient permettre à ce nouveau roman d’être un brin nostalgique sur les années passées et inquiet sur l’hypothétique quart de vie restant.

Mais c’est sans compter sur la « transparence du temps », le surgissement de la vierge noire de Regla, l’aller-retour entre le Cuba peu reluisant des marchands d’art et l’époque médiévale, la Catalogne, Saint-Jean-d’Acre et les Templiers... Et les meurtres qui vont se succéder.

Alors Mario Conde, sollicité par son copain Bobby, perdu de vue et au parcours sinueux, par amitié et aussi quelques centaines de pesos convertibles (il faut bien nourrir en solide et liquide la tribu) va se plonger dans cette histoire de vol de la vierge noire et renouer avec Manolo, son ancien adjoint de police, toujours en fonction.

Des fils tendus, des fils rompus et la patte de Padura qui, au détour des faits, développe régulièrement des interrogations sur le passé, le présent et l’avenir de Cuba, avec toujours une surprenante liberté empreinte de mélancolie et d’humour noir.

Il nous conte toujours aussi bien Cuba et ses habitantEs, des plus pauvres au plus corrompus, au milieu d’intrigues tordues et meurtrières... y compris parmi les plus récentes puisque ce roman se situe en pleines négociations entre Raul Castro et Barak Obama en 2014.

Le passé et l’histoire, même très ancienne, viennent agiter le présent et le percuter de plein fouet. Cette dernière livraison vaut le détour et la lecture.

Tomas Delmonte 

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.