Le nouveau populisme américain

De Dan La Botz. Syllepse, 288 pages, 20 euros. 

Trump ne cesse d’étonner tant son propre pays que le reste du monde, renforçant le climat d’incertitude généralisée. Certains se sont faits les spécialistes des analyses de ses actes et gestes quotidiens, de sa vie personnelle. Des psychologues ont suggéré qu’il souffrait de troubles de la personnalité… Le livre de l’universitaire et militant américain Dan La Botz a la mérite de montrer que le « trumpisme » n’est pas une simple aberration mais, au contraire, prend sa place dans une histoire longue des États-Unis.

Décomposition idéologique

L’élection de Donald Trump, soutient Dan La Botz, est le produit de la décomposition de l’idéologie qui légitimait le système économique et politique américain depuis l’après Seconde Guerre mondiale. Cette décomposition a pour causes la crise économique (qui ruine certaines régions), la montée vertigineuse des inégalités (qui mine le mythe de l’égalité des chances) et le déclin de l’hégémonie US dont témoignent les défaites des États-Unis depuis la guerre de Vietnam jusqu’à l’Irak, ainsi que la montée de la Chine. Il faut y ajouter le fait que les lois sur les droits civiques et la législation sociale n’ont pas fait des NoirEs des citoyenEs à part entière. Pour des raisons différentes, des millions de personnes ont ainsi cessé de croire dans l’idéologie dominante.

Après la déception de la présidence Obama, cette situation est apparue clairement lors de l’élection présidentielle de 2016. À gauche, Bernie Sanders s’élevait contre la « classe des milliardaires » et appelait à une « révolution politique ». Tandis qu’à droite, Trump attaquait le gouvernement, les partis, les médias et les étrangers et célébrait l’« America first ! », l’Amérique d’abord. Chacun d’entre eux apparaissait comme un rebelle au sein du parti dans lequel il concourait. L’appareil démocrate a tout fait pour favoriser la victoire d’Hillary Clinton sur Sanders, et Trump l’a emporté. Le « trumpisme » vise donc à redonner une idéologie aux États-Unis en crise et à souder un bloc social et politique autour de celle-ci ; cela ne va pas sans contradictions : c’est une des causes de l’instabilité des équipes autour du président. Quant à Trump lui-même, il est, explique La Botz, « le capitalisme incarné, le créateur-destructeur pour qui le profit et le pouvoir sont tout, et l’humanité rien ».

Quelle réponse de gauche ?

Dans des chapitres particulièrement intéressants. Dan La Botz montre comment Trump et Sanders, chacun à leur façon, sont les héritiers d’un pan de l’histoire étatsunienne. Trump de celle d’un populisme réactionnaire, xénophobe et raciste. Sanders d’une tradition socialiste toujours minoritaire mais qui a eu à certaines périodes une influence non négligeable. On retrouvera en particulier retracé dans l’ouvrage le cheminement qui a amené, depuis les années 1930 et 1940, les courants politiques de gauche (voire d’extrême gauche) à prioriser de fait un travail d’influence au sein du Parti démocrate (pour renforcer le poids de sa composante populaire et ouvrière) même s’ils maintenaient une expression politique indépendante à l’extérieur. Cette politique a échoué à endiguer l’évolution à droite des Démocrates. Seuls les courants trotskystes se sont attelés (avec un succès limité) à la construction d’organisations indépendantes. Pour sa part, La Botz insiste sur la nécessité pour les courants de gauche de ne pas se couler dans le moule démocrate, même s’il pense qu’un parti des travailleurs viendra plus probablement d’une rupture du Parti démocrate. 

Face à Trump, des mouvements d’opposition se sont affirmés (manifestations massives des femmes, mobilisation des jeunes contre les armes, grèves des enseignantEs...) dans un climat très polarisé où, même si c’est de manière très confuse, un intérêt nouveau se manifeste pour les idées socialistes. L’avenir, souligne La Botz, dépendra d’un débat sans merci sur les idées, et de la capacité à mobiliser des millions de personnes. 

Henri Wilno 

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