Le New Deal vert de Naomi Klein

Dans son ouvrage, Plan B pour la planète : le New Deal vert, Naomi Klein reprend des textes écrits entre 2010 et 2019 sur la nécessité d’un changement radical de système économique pour lutter contre le réchauffement climatique. 

 

Les luttes locales sont utiles, mais la lutte globale, contre le système, est vitale. Elle expose donc des mesures fortes, qui auront des répercussions positives sur toutes les crises (climatique, sociale, de biodiversité). Pour l’auteure, les climatosceptiques, presque toujours des hommes, blancs, chrétiens, lancent de lourdes charges pour nier la réalité décrite par 97 % des scientifiques car ils ont bien compris que contenir la hausse de la température sous les 1,5 °C est incompatible avec le « marché libre », que le problème n’est pas le réchauffement du climat, mais le système capitaliste qui l’a produit. Ils diabolisent donc tout changement.

Naomi Klein exhorte à profiter de la prise de conscience de plus en plus large sur la nocivité du capitalisme pour promouvoir un système économique de transition, redistributif, démocratique, solidaire et émancipateur, dans les limites de la biosphère.  

 

Quel est son plan B ? 

À partir du constat « qu’après des années de recyclage, de compensations carbone et de changements d’ampoules… l’action individuelle ne sera jamais la solution à la crise climatique », N. Klein propose un programme en six points, tout en détaillant les modifications climatiques inquiétantes et la perte dramatique de biodiversité.

D’abord, elle insiste pour placer l’action du New Deal vert dans la sphère collective et non privée. De lourds investissements publics seront nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de façon radicale : métros, trams, transports publics urbains abordables, voire gratuits, logements économes en énergie, proches des transports en commun, abordables, réseau électrique alimenté en énergie renouvelable, effort colossal dans la recherche.

Ces investissements n’ont pas pour but d’être rentables, mais leur coût social, humain, écologique sera moindre pour la communauté. 

Naomi Klein réhabilite la planification qui englobe l’industrie, les plans d’occupation des sols, la reconversion des travailleurs dont les emplois deviendront obsolètes au fur et à mesure de la sortie des énergies fossiles. L’agriculture y est incluse, pour faire face à l’érosion des sols, aux conditions météo et à la dépendance aux intrants chimiques, pour le développement de cultures pluriannuelles en polyculture…

D’autre part, Naomi Klein affirme qu’il faudra « interdire les comportements dangereux et destructeurs des entreprises… imposer des plafonds stricts de quantités de carbone à émettre, exclure toute nouvelle centrale à charbon, supprimer les projets d’extraction du gaz et du pétrole. » Un encadrement contraignant donc.

En outre, elle part en guerre contre le libre-échange des produits manufacturés, bon marché, jamais réparables, des produits agricoles, pour la relocalisation des productions, la diminution des consommations des 20 % les plus riches au profit de l’augmentation des consommations pour celles et ceux qui n’ont rien ou si peu. Le privé est disqualifié pour couvrir les domaines de l’enseignement, des loisirs et du soin, réservés au secteur public ou non lucratif…

Enfin, un ensemble de mesures fiscales sont promues : taxer les riches, augmenter les impôts des entreprises, supprimer les subventions aux énergies fossiles, chasser la fraude fiscale, taxer le carbone. Les 900 milliards de dollars de bénéfices des 5 principales compagnies pétrolières, ces dix dernières années, captés par les actionnaires et le lobbying du secteur, serviront à financer le new deal vert. Comme les firmes s’y opposeront, N. Klein affirme qu’il faudra les nationaliser. 

 

Seule solution : changer le système !

Les propositions des écologistes adeptes des taxes, compensation carbone… sont critiquées pour leur inutilité. Mais surtout, N. Klein pourfend les apprentis sorciers de la géo-ingénierie dont les technologies, plus dangereuses les unes que les autres, peinent à cacher la collusion entre certains scientifiques et les grands groupes capitalistes.

L’alternative est claire pour l’auteure. Soit les climatosceptiques gagnent la bataille, quitte à sacrifier une partie des populations, qui n’auront d’autres choix que de périr en mer ou de se heurter aux murs érigés aux frontières des pays dominants. Soit les peuples réussissent à se rassembler dans les luttes qui s’organisent sur tous les continents, pour réclamer plus d’égalité et de démocratie, pour changer de système économique.

Du côté de celles et ceux qui se mobilisent afin de retirer le pouvoir à la poignée de parasites criminels qui mènent l’humanité à sa perte, elle offre un programme de transition inspiré des revendications des jeunes, des peuples indigènes, des luttes écoféministes, en rupture avec le néolibéralisme. Nous y trouvons des résonances avec notre programme écosocialiste et l’occasion de fortifier nos réflexions communes. La lutte pour le climat qui unit les peuples d’un continent à l’autre, avec les mêmes revendications, est nouvelle et centrale aujourd’hui. Naomi Klein l’a bien compris. o

 

Commission nationale écologie du NPA 

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