Le Fantôme de Gaudi

Bande dessinée. Scénario d’El Torres, dessin de Allonso, éditions Paquet/Calamar, 120 pages, 18 euros.

Le procès inique des douze dirigeants indépendantistes catalans s’est ouvert le 12 février 2019 à Madrid et devrait durer près de trois mois. La mascarade judiciaire a remis la Catalogne et sa capitale sous les feux des projecteurs. Barcelone, en dépit de l’inflation touristique, reste une ville mystérieuse parsemée des œuvres architecturales du père du modernisme catalan : Antoni Gaudi. L’album le Fantôme de Gaudi1 nous fait visiter les grands sites du maître d’une manière très particulière : des meurtres atroces y sont commis.

Série de crimes à Barcelone

Antonia, une jeune caissière, en termine avec sa journée harassante et rentre chez elle. Tandis qu’elle passe un coup de fil à sa fille restée au village, elle voit un vieillard s’élancer sur la chaussée au moment où le tramway arrive. Elle se précipite et lui sauve la vie mais s’en tire avec une commotion. Médecins de l’hôpital et badauds lui affirment qu’elle a rêvé et qu’il n’y avait pas de vieux monsieur. La grand-mère qui partage sa chambre d’hôpital lui raconte alors une curieuse coïncidence : l’architecte Gaudi est mort renversé par un tramway à l’endroit exact où elle-même a été renversée. Or, la description du vieux est le portrait craché de Gaudi peu avant sa mort.

Le « fantôme » de Gaudi existerait bien ? En tout cas, il réapparait pour mieux disparaitre et conduit à chaque fois la jeune femme sur les lieux de crimes atroces perpétrés en « harmonie » avec la technique du maître.

Un thriller en mosaïque à la Gaudi

Casa Vicens, Pavillons Güeti, Palais Güeti, Casa Calvet, Parc Güeti, Casa Battlo, La Perdrera, et final somptueux sur les toits de la Sagrada Familia. Les cadavres s’accumulent et le chauve inspecteur Tondu2, en charge de l’enquête, ne dispose pas du moindre indice, ni du moindre mobile. Les victimes sont certes des spéculateurs immobiliers peu scrupuleux, mais ce n’est pas ce qui manque dans la capitale catalane. Quand Antonia va être impliquée comme témoin direct dans un des meurtres, il n’y aura plus de doute pour l’inspecteur sur l’existence du fantôme. Mais qui est-il et pourquoi ces meurtres quasi rituels ? 

Le Fantôme de Gaudi nous balade à la découverte des œuvres du maître, apporte des explications sur les techniques et les intentions symboliques de Gaudi, qui était passé de l’idéal pré-communiste à la foi chrétienne sans rien lâcher de son catalanisme. Le découpage, la mise en page et le dessin épousent les formes ondulantes et hallucinées de l’œuvre de Gaudi, et la technique du « trencadi » (mosaïque en catalan) relance sans cesse l’intrigue de ce véritable thriller.

Sylvain Chardon

  • 1. Le Fantôme de Gaudi a remporté le premier prix du salon BD de Barcelone en 2016 (Premi a Millor Obra del Saló del Còmic de Barcelona). Le festival de 2017 lui a consacré une exposition entière.
  • 2. Clin d’œil à la BD Tif et Tondu, mais dans la BD de Spirou, le chauve c’est Tif.

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.