Le Diable en personne

Roman de Peter Farris, traduit par A. Pons, éditions Gallmeister, 255 pages, 9 euros.

Atlanta (Géorgie-USA), quelques années avant les jeux Olympiques de 1996. Tout réussit à Monsieur le Maire1. La ville connaît certes une dette abyssale et la criminalité déborde, mais Monsieur le Maire a fait savoir qu’il baisserait sa rémunération et rétribuerait, sur ses fonds propres, les policiers à son service pour pouvoir en embaucher d’autres. Sa popularité explose. 

Cartels mexicains

Tout va bien, donc, mais tout est faux. Les cartels mexicains, en plein développement, ont pris le contrôle de la ville (drogue, prostitution, jeux), noyauté la police, placé un homme sûr (Lambert) à la mairie et une prostituée (Maya, 18 ans à peine) pour satisfaire les fantasmes du maire. Un petit problème, Monsieur le Maire ne peut plus se passer de Maya, bavarde beaucoup trop et ne lui cache rien des projets qu’il concocte avec les cartels pour développer leur business lucratif sur tout l’État. Lambert impose à Monsieur le Maire l’assassinat de la jeune femme. Deux tueurs s’emparent d’elle, la coincent dans le coffre d’une voiture direction le bayou. Comme ils veulent en « profiter » pour la violer, ils ne la tuent pas tout de suite. Arrivés au marécage, ils s’égarent un peu et pénètrent, sans le savoir, sur la propriété de Léonard Moye, un vieux bootlegger armé jusqu’aux dents. Le vieux les interrompt, liquide le premier violeur et terrorise le deuxième qui, entièrement dénudé, prend la fuite. Le « vieux » prend la jeune femme sous sa protection et une troublante amitié s’installe entre Maya, rongée par la colère et Léonard, miné par un secret symbolisé par le mannequin de couture à l’effigie de sa femme qui l’accompagne partout. 

Lutte dans le bayou

Le vieux comprend tout de suite que d’autres tueurs plus expérimentés, avec le soutien de la police locale, ne vont pas tarder à débarquer pour finir le travail bâclé. Mais le bayou n’est pas la ville et la lutte va s’engager, en surface, dans une nature encore sauvage, ou en sous-sol, dans de vastes grottes et tunnels2. Marécages infestés de moustiques, de serpents et d’alligators, chaleur moite saturée de mouches et de fourmis, coyotes en maraude : il vaut mieux, comme Léonard, connaître le terrain et initier Maya. La lutte sera violente et d’une cruauté inouïe, mais le vieux comprend que la tranquillité ne reviendra jamais si on ne frappe pas le serpent à la tête. Il va donc devoir se mettre en règle avec son passé avant de tenter l’impossible en terrain hostile : la ville d’Atlanta. Rien ne se passera comme prévu et le lecteur ira de surprise en surprise, de réseaux de prostitution en réseaux de prostitution, pénétrera dans les ramifications politiques des trafiquants/fabricants de drogue. 

Peter Farris a une écriture fluide et rythmée, un style brut qui donne toute sa saveur aux dialogues doublé d’un don réel pour décrire forêts sauvages, marais et grottes. Un portrait au vitriol de l’Amérique d’aujourd’hui où le sang coule à flot, les cadavres s’accumulent, les alligators se régalent et nous aussi !

Sylvain Chardon

 

  • 1. Volontairement, l’auteur appelle le maire « Monsieur le Maire » et le chef du cartel « Mexico ».
  • 2. C’est un peu la spécialité des éditions Gallmeister. Voir notre recension de Shibumi dans l’Anticapitaliste du 20 avril 2017 (n°380).

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