Last Jedi : La Force n’est pas avec Rian Johnson…

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On l’a attendu, on l’a vu… mais on est déçu. Pourtant, l’impatience était grande depuis le très réussi Réveil de la force. CertainEs fans avaient vu dans cet épisode un remake rapide de la trilogie, mais il avait la qualité d’une part de revenir à ce qui faisait la force de la saga, mais aussi d’ouvrir des portes pour le futur… que Les derniers Jedi prend un étonnant et un malin plaisir à fermer les unes après les autres.

C’est d’autant plus étonnant que les critiques de presse sont dithyrambiques. Étonnant car si les effets spéciaux sont soignés, si les décors sont magnifiques et que esthétiquement tout est là, on ne peut pas en dire autant ni du scénario qui a bien des difficultés à tenir la route, ni de l’idéologie hyper-manichéenne dans ce huitième volet. Certes nous sommes dans Star Wars mais Rogue One, nous avait permis d’espérer quelques subtilités, là aussi on repart bredouille.

Bien sûr, on est ravi de retrouver l’univers Star Wars. Les créatures nouvelles et anciennes sont magnifiques, les couleurs resplendissantes, les combats très esthétiques.

Question humour, le film en fait des tonnes, on a parfois l’impression de ne plus savoir dans quel film nous sommes. Alors que l’épisode 7, nous dépeignait un Nouvel Ordre fascisant, ici il est rendu presque à un gag : Kylo Ren est ridicule pendant toute la dernière bataille, Hux est un clown, ne parlons même pas de Snoke. On attendait des révélations sur Snoke, mais en deux heures et demie, il n’y aura rien à se mettre sous la dent de ce côté-là. On espérait quand même avoir quelques péripéties géostratégiques sur le combat entre le Premier Ordre, qui est le résidu de l’empire, et la République, qui a totalement disparu après la destruction de sa planète-capitale, la question n’est même pas évoquée. Quant aux forces productives qui lui ont permis de devenir aussi puissant, aucune idée non plus.

On a plaisir à voir Rey, en héroïne forte, et de ce côté-là on sera sera servi : entre Leïa, Holdo, Rose, sa soeur Paige et toutes les femmes pilotes, chefs de vaisseaux… et des piques sur l’attitude des mecs qui bougent et tirent dans tous les sens mais ne produisent rien de constructif (il faut dire que les plans de Poe et de Finn sont toujours aussi inefficaces). Star Wars nouvelle génération est décidé à imposer des personnages féminins qui tiennent la route. Mais les relations entre les personnages sont toujours aussi superficielles que dans l’épisode 7. Là encore tout ou presque se passe en une journée (16h de carburant) et pourtant des personnages qui viennent de se rencontrer entretiennent des relations très profondes (Rose/Finn).

Comme la nouvelle relation de Rey avec Luke, décidément il y a un besoin de lui trouver une figure paternelle, bien que celui-ci ne lui apprenne rien. Alors que le débat sur ses origines se termine en queue de poisson…

La vraie force du film aurait pu être le personnage de Kylo Ren après le meurtre de son père dans l’épisode 7 et la relation télépathique qu’il entretient avec Rey. Mais là aussi on est déçu. Car le lien est vite avorté pour le transformer en une pâle copie de Dark Vador. L’épisode 8 a bien des difficultés à nous présenter des personnages un peu ambigus : au lieu de relations complexe, il n'y a que des manipulations. L’introduction du bandit DJ joué par Benicio del Toro est dans la même veine.

Il y a bien une critique sur les vendeurs d’arme qui s’enrichissent pendant que d’autres triment, mais côté politique, le film reste très faible.

Maintenant, quel bazar ! Avec toutes les idées présentes dans le plus long film de la saga (2h30), on aurait pu faire deux films… Ça bataille dans tous les coins, ça se déplace de planète en planète, l’action est au rendez-vous, mais du coup aucun point est travaillé en profondeur.

On espérait que Luke avait acquis une grande sagesse et transmettrait toutes ses connaissances à Rey, ce n’est pas gagné non plus. Sans parler d’une ou deux scènes où — cette étrange possibilité avait été inaugurée dans Le réveil de la force – les héros respirent dans l’espace. On aime la science-fiction, mais il y a quand même des limites !

Un épisode qui donne envie de revoir Rogue One et les épisodes 3 à 7… en attendant le 9 et le retour de J. J. Abrams à la réalisation.

A. Larrache et M. Effe

 

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