La Revue du crieur, numéro 11

Mediapart/la Découverte, 160 pages, 15 euros.

Les éditions la Découverte et Mediapart gardent le rythme, avec la publication du 11e opus de la Revue du crieur, lancée en juin 2015. Comme d’habitude, un dossier et des articles autour de thèmes aussi divers que la « culture des algorithmes », le développement des « friches culturelles » ou la privatisation des salles de spectacle. À noter également, un portrait du vice-président US Mike Pence, qui aurait presque tendance à faire passer Trump pour un modéré… 

De l’anthropologie aux friches culturelles 

« Comment changer le cours de l’histoire » : le dossier est organisé autour d’un long article de David Graeber et David Wengrow, respectivement anthropologue et archéologue, qui s’interrogent sur les moyens que les sociétés humaines ont, dans l’histoire, mis en place pour « résister à la mise en place d’un ordre étatique intrinsèquement inégalitaire ». À rebours d’une vision communément répandue, ils affirment entre autres que les inégalités et les mécanismes de domination ne sont pas nécessairement le produit d’un changement d’échelle dans les formes d’organisation des sociétés mais, bien au contraire, en germe dans les structures sociales de petite taille, à commencer par la famille. Pour les auteurs, il faut donc résister à toute nostalgie d’un « âge d’or » des petites communautés, et se départir de l’idée que « les structures de gouvernance hiérarchisées sont la conséquence logique d’une organisation à large échelle ». Des réflexions stimulantes, que l’on ne pourra évidemment pas résumer ici, agrémentées des points de vue d’Irène Pereira et Jean-Paul Demoule, ainsi que de l’inévitable (?) Emmanuel Todd. 

Pour le reste, on a notamment retenu l’excellent article de Mickaël Correia, l’un de nos invitéEs lors de la dernière université d’été1, consacré à ces « terrains vagues, bâtiments désaffectés, rails à l’abandon […], ces espaces qui faisaient auparavant l’objet d’occupations illégales [et qui] sont aujourd’hui convertis en lieux culturels par une poignée d’entrepreneurs ambitieux ». De Paris à Bordeaux en passant par Pantin (93) ou Rezé (44), l’enquête donne à voir l’envers du décor de ces lieux « branchouilles » qui, sous couvert de « revalorisation de quartiers dépréciés », participent non seulement des phénomènes de gentrification et d’uniformisation culturelle, mais aussi de stratégies d’investisseurs peu scrupuleux, avec l’appui des pouvoirs publics. 

Julien Salingue

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