La Mort du khazar rouge

Roman de Shlomo Sand, Seuil, Paris, 2019, 384 pages, 21 euros. 

Shlomo Sand est un historien de gauche israélien bien connu pour son ouvrage phare, Comment le peuple juif fut inventé (Fayard, 2008), qui remet en cause la légende du peuple juif qui aurait été chassé de sa terre de Palestine et serait revenu reprendre possession de ce qui lui appartenait, d’après la mytho­logie sioniste. Une légende qui sert les intérêts de la ­colonisation au ­détriment des Palestiniens.

Son dernier ouvrage est un roman policier, la Mort du khazar rouge, qui lui permet de poursuivre son œuvre d’historien, « sans notes de bas de page », plaisante-t-il. L’intrigue ? De mystérieux assassinats, à 20 ans d’intervalle, d’intellectuels universitaires, ayant comme trait commun d’être homosexuels et persuadés que le peuple juif n’est qu’un mythe inventé pour les besoins de la conquête de la terre d’Israël au détriment des populations pré-existantes. Bien sûr, ces thèses ne plaisent pas à tout le monde, c’est le moins que l’on puisse dire.

« Petit détective arabe »

Cela permet à l’auteur d’étriller gaiement le milieu universitaire, timoré, dévoré par les rivalités et la course aux récompenses académiques. La police, et notamment le shabak, service de sécurité intérieure israélien, est éreintée. Il dénonce la répression contre les PalestinienEs, en profite pour décrire les problèmes rencontrés par les homosexuelEs dans cet État profondément religieux. Dénoncée aussi l’internationale d’extrême droite, de Paris à Tel-Aviv notamment. L’inspecteur de police qui mène l’enquête est un excellent enquêteur, mais avec un petit bémol : il est arabe, et ne pourra donc jamais gravir tous les échelons, ce qui fait dire à l’auteur : « D’aucuns ne comprenaient pas comment un "petit" détective arabe pouvait avoir un si "gros" cerveau juif. »  

Mais sa grande idée, qui transparaît tout au long de l’ouvrage, reste cette mise en pièces du mythe fondateur de l’État d’Israël, celui d’un seul peuple juif. Les découvertes historiques contredisent la possibilité d’un grand exode au 13e siècle avant notre ère. « De même que Moïse n’a pas pu faire sortir les Hébreux d’Égypte et les conduire vers la "terre promise" pour la bonne raison qu’à l’époque celle-ci... était aux mains des Égyptiens », écrivait Sand dans le Monde diplomatique en 2008. Pour les sionistes, il faut que les Juifs soient les descendants du royaume de David et non les héritiers de guerriers berbères ou de cavaliers khazars. Ce qui est pourtant la réalité, car l’auteur explique que la religion juive, prosélyte, a converti de nombreuses tribus à travers le monde, dont la terre n’était certainement pas Israël. L’auteur se moque du fait que ce que l’on appelle « la tour de David » à Jérusalem, n’a pas été construite par le roi Salomon, mais par le sultan ottoman Soliman 1er au 16e siècle ! Un ouvrage qui se lit avec délectation.

Régine Vinon

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