La mort de Staline, d’Armando Iannucci

Avec Steve Buscemi, Simon Russell Beale, Jeffrey Tambor... Sortie le 4 avril 2018 (1h48).

On n’aime ou pas le burlesque et l’humour noir. Les autorités de la Russie poutinienne font partie de ceux qui ne les apprécient pas puisqu’en janvier dernier, le ministère de la Culture a retiré le visa d’exploitation du film. Parmi les motifs de l’interdiction, est citée : « la déformation de l’Histoire ».

Une décision d’autant plus curieuse que le film de Iannucci, s’il ne lésine pas sur la satire et les détails extravagants sur ses personnages, est globalement fidèle à la vérité historique. Comme le souligne Jean-Jacques Marie, interrogé par le Figaro : « Le film retrace bien l’atmosphère qui régnait dans les sommets, entre Staline et ses collaborateurs du bureau politique, qui était un mélange de terreur et de haine les uns pour les autres ».

Guerre de succession

Dans la nuit du 1er mars 1953, Staline a une attaque, derrière les portes fermées de son bureau dans lequel il est interdit de pénétrer. La porte est finalement forcée, Staline est inanimé, les membres du bureau politique du PC rappliquent dans la nuit du 1er au 2 mars et font tarder l’appel à un médecin. Staline meurt : il faut donc annoncer la nouvelle au peuple soviétique et organiser les obsèques. Mais la principale préoccupation est ailleurs : qui va assurer la succession ? 

Normalement, ce devrait être Malenkov, représenté dans le film comme un benêt ridicule, mais il est clair qu’il ne fait pas le poids par rapport au vice-Premier ministre et responsable de la sécurité d’État, Beria. De son côté, Khrouchtchev, dont l’assise est moins importante, intrigue pour mettre Beria en minorité. Se succèdent les épisodes grotesques et les renversements d’alliances. Beria – le bourreau sanglant – étonne tout le monde en se transformant brusquement en libéral. Là aussi, c’est parfaitement authentique : plusieurs centaines de milliers de détenus sont libérés du goulag et, cela n’est pas montré dans le film, Beria est prêt, non seulement à une libéralisation interne, mais à rechercher des accommodements avec les pays occidentaux.

Un film réjouissant 

Finalement, c’est Khrouchtchev qui gagnera, avec l’appui du maréchal Joukov (décrit comme un parfait abruti). C’est sur les circonstances de la chute de Beria que le film s’écarte le plus de la réalité : il exercera en fait le pouvoir pendant 3 mois et sera éliminé après la révolte ouvrière de Berlin-Est en juin 53, dont ses collègues lui attribueront la responsabilité. Quant aux circonstances de sa mort, il semble bien que cela ne s’est pas passé de manière aussi expéditive que dans le film : un procès non public le condamnera à mort en décembre 1953.

Le ministre de la Culture russe a aussi parlé du film comme « une raillerie insultante envers le passé soviétique ». En fait, ce sont les contre-révolutionnaires staliniens qui sont les cibles du film. Il est réjouissant de voir ces personnages ignominieux (Beria en fureur leur rappelle qu’ils ont tous contribué à des meurtres de masse) décrits comme des pantins.

Henri Wilno

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