La journée de travail et le « règne de la liberté », d’Olivier Besancenot et Michael Löwy

Éditions Fayard, 160 pages, 14 euros. 

Un court ouvrage signé de nos camarades Olivier Besancenot et Michael Löwy, déjà co-auteurs de deux ouvrages, l’un sur Che Guevara et l’autre sur le marxisme libertaire. Dans cette troisième coproduction, Michael et Olivier reviennent sur l’un des aspects essentiels de la pensée de Karl Marx, rappelé dès l’introduction du livre : « Le royaume de la liberté commence avec la réduction de la journée de travail. »

« Guerre civile larvée »

Si la réduction du temps de travail est l’une des revendications historiques du mouvement ouvrier, force est toutefois de constater, ainsi que le soulignent les deux auteurs, qu’elle n’occupe plus aujourd’hui la place centrale qu’elle a pu avoir par le passé. Or, nous sommes précisément à l’ère d’un « grand retournement » puisque, contrairement à la tendance qui s’observait depuis plus d’un siècle, c’est à une augmentation du temps de travail que l’on assiste aujourd’hui, de la systématisation du recours aux heures supplémentaires au nom du « travailler plus pour gagner plus » à l’allongement de la durée de cotisation pour bénéficier d’un droit à la retraite en passant par la généralisation du travail du dimanche ou de nuit. 

Un ouvrage qui tombe à point nommé donc, pour rappeler l’histoire de cette revendication fondamentale du mouvement ouvrier. Les deux premiers chapitres du livre traitent de la place qu’occupe chez Marx la question du temps de travail, qui fait l’objet d’une lutte, selon l’auteur du Capital, qui est rien moins qu’une « guerre civile larvée » entre le capital et le travail. Dans un troisième chapitre, Olivier et Michael opèrent un retour sur la bataille concrète pour la réduction du temps de travail, de la fin du 19e siècle avec la lutte pour la journée de 8 heures, au début du 21e siècle, où la revendication de la diminution du temps de travail semble avoir perdu de sa centralité.

Le début et la condition du règne de la liberté

Cette revendication n’a pas pourtant absolument pas perdu de son actualité, bien au contraire, ainsi que le rappelle le quatrième chapitre, qui précède un dernier moment de l’ouvrage, qualifié par les auteurs « [d’]excursion utopique dans un avenir communiste émancipé, où les gens disposeraient enfin de temps libre ».

Un livre salutaire, qui n’hésite pas à s’en prendre à une certaine intégration, y compris au sein du mouvement ouvrier, de l’idéologie productiviste et d’un rapport au travail qui fait primer les prétendues vertus émancipatrices de ce dernier sur son caractère structurellement, du moins dans le système capitaliste, aliénant. Or la réduction du temps de travail n’est pas seulement une revendication destinée à améliorer les conditions de vie des salariéEs et à lutter contre le chômage : elle est rien moins qu’une condition nécessaire pour le combat anticapitaliste, le temps libre ainsi dégagé contenant « le potentiel d’une auto-affirmation du travailleur, dans la vie quotidienne, dans l’amour, dans l’auto-organisation, dans la lutte »

Julien Salingue

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