La cacophonie du Donbass, de Igor Minaev

Documentaire ukrainien de Igor Minaev, 1h02, sorti le 27 mars 2019.

Igor Minaev est un réalisateur ukrainien, né à Karkhov dans le Donbass, qui vit aujourd’hui en France. Le titre de son film vise à donner un contrepoint à celui du film tourné en 1930 par le génial cinéaste soviétique Dziga Vertov, la Symphonie du Donbass, dont la qualité formelle négligeait largement la réalité du travail de la mine. Et la perspective d’un monde nouveau s’est transformée dans le Donbass d’aujourd’hui en un conflit sanglant entre pro-russes et Ukrainiens.

La légende de Stakhanov

La première partie du film s’appuie sur des extraits de documentaires ou de bandes d’actualité pour démonter la propagande officielle sur la situation des mineurs soviétiques. Minaev évoque ainsi Stakhanov, ce mineur qui, en 1935, aurait réussi à extraire, en un poste, 102 tonnes de charbon, soit 14 fois son quota. La propagande attribue au seul Stakhanov un résultat qui est en fait celui d’une équipe : Stakhanov a été assisté par d’autres travailleurs pour des tâches (comme le boisage des galeries) qui normalement à l’époque relevaient aussi du haveur (l’ouvrier qui creuse et extrait le charbon) et réduisait donc son rendement. Des troupes d’artistes et d’intellectuels débarquent dans le Donbass pour rencontrer et filmer le mineur d’élite qui se prête au jeu, d’autant qu’il va bénéficier d’avantages non négligeables.

Le cinéma de propagande (qui passe du noir et blanc à la couleur) donnera durant toute la période soviétique une vision positive et exagérée des conditions d’existence des mineurs (même si leurs salaires et avantages sociaux étaient plus élevés que ceux des autres ouvriers). Le voile se déchirera en 1989 sous Gorbatchev : Minaev montre les images très intéressantes d’une assemblée générale de mineurs en grève, qui expliquent que même le savon nécessaire pour se décrasser leur est rationné. Leur grève fera reculer le pouvoir.

Avec la chute de l’URSS commence la déchéance du statut des mineurs, tandis que sont laminés leurs avantages matériels. On passe à la deuxième partie du film qui, d’un intérêt bien moindre, ne permet pas vraiment de comprendre ce qui, dans l’Ukraine devenue indépendante, a favorisé les menées sécessionnistes pro-russes et le déchirement de populations qui jusque-là vivaient et travaillaient côte à côte sans trop de conflits.

HW 

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