Jeu de société : Kapital, de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot

La Ville brûle, 35 euros. 

Dominant ou dominé ? Ce n’est pas vous qui choisirez, c’est le hasard du dé, tout comme c’est le hasard de votre naissance qui vous fera appartenir à telle ou telle classe sociale, celui qui obtiendra le plus grand score occupera pour toute la partie la place du dominant, tous les autres seront dominés. 

Amusant et didactique

Les joueurs parcourront le plateau de 82 cases (ce qui équivaut à l’espérance de vie moyenne en France) les dominéEs espéreront que la chance les mènera sur les cases Révolution, Grève générale ou au moins un « Tous ensemble » afin de mettre à mal le dominant.

Le ton est donné, Kapital, imaginé par Monique et Michel Pinçon-Charlot est un jeu de plateau avec des pions symbolisés par des personnages, à chaque tour le joueur tire une des cartes (sur lesquelles figurent de précieuses informations) selon sa classe. Le dominant ne cesse de recevoir des avantages fiscaux, des sorties culturelles qui lui permettent de gagner des K (la monnaie du jeu) et d’élargir ainsi son champ de socialisation avec ses pairs. Le dominé se voit lui obligé de payer un supplément de scolarité pour ses enfants, de soins médicaux parce qu’ils ne sont plus remboursés suite aux récentes réformes de la sécurité sociale, alors forcément il perd des K financiers mais aussi culturels et sociaux, il s’isole. C’est pour cela que les joueurs dominés ne rêvent que d’une chose : la chute du dominant.

Les deux sociologues ont élaboré un jeu de société amusant et didactique. Sous une forme très ludique, ils explicitent les rouages du capitalisme et le fonctionnement des classes sociales dominantes qui se transmettent leur capital financier, culturel et relationnel de génération en génération « formant de véritables dynasties familiales ».

Ces familles ont su créer de grands réseaux d’entraide puisque leur survie en dépend.  

Comme ils le disent dans leurs ouvrages sur les ultra-riches, ce n’est pas simplement une lutte de classe c’est une véritable guerre de classe que mène les dominants sur les dominés.

Une question est posée sur la boîte du jeu : « Qui gagnera la guerre de classe ? »

Après une année de mouvement social des Gilets jaunes et un début de touTEs ensemble contre la réforme des retraites, ne serait-il pas temps pour nous de remporter cette guerre ?

En attendant de gagner dans la rue il est toujours possible de se retrouver autour de ce jeu très réjouissant.

Béatrice Walylo et Philippe Poutou

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